Même Oskar Freysinger avait renoncé à contester formellement la fin de non-recevoir que l'Association des autrices et auteurs de Suisse (AdS) lui avait opposée le 19 janvier dernier. Mais il vient de trouver un appui inattendu, a annoncé hier la Radio suisse romande: un membre du comité de la corporation des écrivains a décidé de combattre la décision de ses pairs. Dès lors, l'assemblée générale de l'AdS, qui se déroulera en avril à Genève, sera certainement amenée à débattre de la question.

Figure de la littérature tessinoise, chroniqueur de l'hebdomadaire dominical Il Caffè, Arnaldo Alberti, 68 ans, est révolté par le rejet d'Oskar Freysinger. Lui-même a participé aux délibérations du comité de l'AdS, dont il est un des sept membres. A l'heure du vote, il s'était abstenu: «Car malgré mes sollicitations écrites, Oskar Freysinger n'avait pas été entendu.»

Depuis, Arnaldo Alberti a eu un entretien téléphonique avec le conseiller national valaisan: «Rien ne permet de refuser sa demande d'adhésion. Le comité, sans le comprendre, a bafoué les libertés constitutionnelles. Notre association, qui reçoit une subvention fédérale de 500 000 francs, ne peut se livrer à un procès politique.»

L'écrivain dénonce «le chantage» que le directeur de l'AdS, Peter A. Schmid, et un membre du comité, le Bâlois Guy Krneta, auraient exercé durant la séance décisive du 19 janvier: «Marqués à gauche, ils ont menacé de démissionner si Oskar Freysinger était reçu. Les autres membres du comité ont cédé parce qu'ils craignaient que l'association ne souffre d'une nouvelle scission.»

Malgré l'interdiction qui lui a été faite de s'adresser à la presse, Arnaldo Alberti ne mâche pas ses mots: «C'est la première fois que quelqu'un est refusé pour des raisons politiques. Ceux qui ont pris le pouvoir au sein de l'AdS commencent à exclure, bientôt ils recourront aux purges.» Se déclarant radical de gauche, le Tessinois tient lui-même un raisonnement politique: «La décision de l'AdS s'inscrit dans le mouvement de polarisation de la scène politique suisse. Elle donne des arguments aux conseillers fédéraux Couchepin et Blocher, qui multiplient les provocations.»

Arnaldo Alberti recourra donc contre le rejet d'Oskar Freysinger. A condition que celui-ci revienne sur la lettre de dépit adressée à l'AdS, par laquelle il renonçait à sa demande d'adhésion. Sinon l'écrivain tessinois trouvera un autre moyen pour saisir l'assemblée générale: «Le comité ne peut s'orienter vers une politique de censure sans un mandat de l'assemblée.»