Par la voix de Simonetta Sommaruga, le Conseil fédéral a demandé pardon jeudi, lors d’une cérémonie officielle, aux victimes «des mesures de coercition à des fins d’assistance». Ce terme désigne, notamment, les enfants qui ont été placés dans des exploitations agricoles ou des foyers, les personnes qui ont été enfermées par décision administrative dans des établissements psychiatriques ou des prisons, mais aussi celles qui ont été forcées à faire adopter leur bébé ou qui ont été stérilisées de force jusque dans les années 1980, souvent avec l’accord des Eglises ou des autorités. Des jeunes femmes ont été internées pour «paresse», «libertinage» ou «ivrognerie».

Plusieurs centaines de victimes, dont certaines ont évoqué les souffrances subies, ont pris part à la cérémonie en présence de représentants des autorités, des Eglises, de l’Union suisse des paysans et des institutions sociales, dans une atmosphère parfois tendue. «Nous ne pouvons plus continuer à détourner le regard, car c’est précisément ce que nous avons fait pendant bien trop longtemps», a déclaré la ministre de la Justice.

Selon Simonetta Sommaruga, la cérémonie de commémoration doit marquer le point de départ d’un travail historique approfondi. L’ancien conseiller aux Etats Hansruedi Stadler (PDC/UR), nommé délégué aux victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance en décembre, sera chargé d’engager un processus qui permettra notamment d’aborder des questions d’ordre juridique, voire financier. Une table ronde devrait être convoquée d’ici quelques semaines.

Cela fait des années que des associations de victimes réclament une reconnaissance officielle de ce qui leur est arrivé, mais aussi une compensation financière. Une question difficile à trancher, estime l’historien Marco Leuenberger. L’un des problèmes majeurs est le manque de sources, estime ce collaborateur scientifique à l’Institut sociologique de l’Université de Bâle, qui a beaucoup travaillé sur la thématique des Verdingkinder, ou enfants placés. «Il n’y avait très souvent pas de documents, et beaucoup de ceux qui existaient ont été détruits. Cela rend plus difficile la question de la compensation financière. En Irlande, en Suède ou en Australie, les victimes qui ont été indemnisées avaient été placées dans des foyers», rappelle-t-il.

Placé à l’âge de 10 ans

Le propre père de Marco Leuenberger a été placé à l’âge de 10 ans par ses parents trop pauvres pour nourrir toute la fratrie: en tout, quatre enfants ont été placés, sans perdre le contact avec leur famille. «Les gens savaient ce qui se passait, mais à l’époque, c’était admis», rappelle l’historien, qui souligne qu’il a toujours connu l’histoire de son père, mais qu’elle est restée taboue chez de nombreuses victimes.

Les personnes qui ont été victimes de cette page de l’histoire suisse peuvent solliciter des conseils auprès de centres d’accueil des cantons. Certains cantons, comme Berne, qui a eu de nombreux Verdingkinder, ont décidé d’ouvrir une structure propre, proposant assistance sociale et conseils psychologiques individuels. avec les agences