Fort d'un bon score lors des dernières élections municipales, le Parti socialiste, avec 17 élus, demeure la première formation politique en Ville de Genève. Du coup, il revendique deux sièges au Conseil administratif, pour Manuel Tornare, magistrat en poste et Sandrine Salerno. Entretien avec la nouvelle candidate.

Le Temps: Pourquoi les Genevois devraient-ils vous élire au Conseil administratif?

Sandrine Salerno : Parce que j'ai un projet politique et social pour Genève en adéquation avec l'attente des Genevois. Je suis représentative d'une bonne partie de la population: je suis d'ici mais aussi d'ailleurs, je travaille tout en élevant mon enfant. Parce que je connais bien ma ville et ses habitants. Je pense être compétente pour ce poste. En Ville, les socialistes ont une devise: «Solidaire et responsable.» Je crois que j'incarne bien cette formule.

– Quels sont vos projets de législature pour les quatre prochaines années?

– Au-delà des sujets le plus souvent évoqués; les crèches, la sécurité, l'assainissement de la dette, etc., j'aimerais, si je suis élue, que l'on parvienne à mettre en place une vraie politique d'égalité des chances. Genève a une richesse liée à la diversité et la multiculturalité que l'on aime utiliser comme slogan politique. Mais en définitive, on n'en fait rien ou très peu.

– Concrètement, que proposez-vous?

– Je vous donne un seul exemple, concernant la fonction publique: elle est assez peu représentative de la diversité que l'on trouve à Genève. Et c'est dommage.

– Etes-vous favorable à la «discrimination positive»?

– A compétences égales, oui. Que l'on engage autant de femmes que d'hommes, surtout à des postes à responsabilités. Que l'on ait aussi des personnes issues de l'immigration à des postes clés. On oublie trop souvent qu'en Ville, 46% de la population est composée de personnes étrangères.

– Votre colistier Manuel Tornare est un magistrat très populaire. Mais de vous, le public sait assez peu de choses…

– Ce qui nous réunit, Manuel Tornare et moi, c'est les valeurs d'égalité et de justice sociale. Lui et moi, nous sommes dans nos positions politiques, bien ancrées à gauche. Ce qui nous différencie? Entre lui et moi, il y a 20 ans d'écart, il est issu d'une famille installée à Genève depuis longtemps, je suis, moi, de deuxième génération, fille d'un immigré italien et d'une Française. D'une famille modeste de surcroît. J'ai d'ailleurs habité longtemps au Lignon. En définitive, Manuel Tornare et moi-même représentons très bien la diversité incarnée par le Parti socialiste.

– Lors des dernières élections municipales genevoises, le centre s'est taillé un franc succès…

– Certains voient dans le centre la panacée. Depuis quand les radicaux sont-ils au centre… C'est un parti de droite. De plus, je ne crois pas que l'on puisse diriger au centre. C'est illusoire. Cela permet surtout de ne pas se positionner. Le Parti socialiste, et la gauche en général, a un vrai programme pour Genève. Je suis une femme de gauche et je le revendique haut et fort.

– Quelle est votre position sur le transfert de charges pour la culture?

– Les socialistes sont résolument contre le fait que le canton abandonne ses prérogatives culturelles. D'une part parce que l'absorption des 23 millions de budget ne pourra se faire sans couper dans des prestations, et ça, c'est inacceptable. D'autre part, parce que la culture est l'affaire d'un ensemble de partenaires. Il n'y a pas que la Ville de Genève qui soit capable de financer la culture. Sur les 45 communes du canton, 35 au moins ont des ressources financières conséquentes qui leur permettraient aussi de financer la culture régionale.

– L'équipe sortante est critiquée pour son bilan jugé médiocre. Qu'en pensez-vous?

– C'est totalement faux. Ce bilan n'est pas juste bon, il est excellent! Ce qui a pollué la communication autour de ce bilan, c'est les combats de coqs au sein du Conseil administratif. Ainsi que des dysfonctionnements, une mauvaise gestion administrative, comme lors de l'épisode de la rue du Stand. Mais ce sont surtout des feuilletons montés en épingle par la droite. Vous vous étonnez peut-être que je défende le bilan de la Ville? Mais je ne peux laisser dire n'importe quoi. La Ville de Genève offre un espace de vie d'une qualité incroyable. La culture est à la portée de toutes les bourses, il n'y a jamais eu autant de places de crèche, même s'il en manque encore, mais Manuel Tornare travaille assidûment pour améliorer la situation. On peut aussi évoquer l'encadrement des personnes âgées, avec la mise en place de la «Cité seniors». On glose souvent sur la politique de mobilité de Christian Ferrazino. Mais qui a eu le mérite d'empoigner le problème récurrent de l'augmentation, dramatique, de la circulation en Ville et de ses répercussions sur la population? Il a, lui, apporté des solutions. Arrêtons donc les slogans stériles. Il y a certes encore beaucoup de travail, mais on connaît à Genève une qualité de vie indéniable.

– Comprenez-vous l'appel de Catherine Gaillard à biffer le candidat d'A Gauche toute! Rémy Pagani?

– Catherine Gaillard est une féministe pure et dure. Elle a toute ma sympathie. J'ai lu et entendu des propos injustes à son égard. On a dit qu'elle était une mauvaise perdante. Je ne le pense pas. Elle est courageuse, c'est une vraie combattante, elle défend admirablement la cause des femmes. A cause de cette attitude jusqu'au-boutiste, des esprits chagrins prétendent que cela va lui coûter sa carrière politique. Moi, je lui souhaite la plus longue carrière possible. Genève a besoin de femmes engagées de la trempe de Catherine Gaillard. Mais c'est vrai qu'en termes de calcul politique, biffer Pagani revient à donner un second siège à la droite. Pour ma part, j'appelle à voter compact.