A Bâle-Campagne, la droite dure vient de relancer un débat aussi vieux que la séparation des deux demi-cantons. Il y a deux semaines, lors de la dernière séance du Landrat (législatif), le député UDC Dieter Völlmin a demandé au ministre de la Justice Andreas Koellreuter où en était le projet visant à faire de Bâle-Campagne un canton à part entière. Il connaissait la réponse: rien, absolument rien n'a été entrepris depuis la dernière initiative cantonale, déposée à Berne, puis retirée au début des années 90 par le conseiller national Rudolf Gysin. Aujourd'hui, l'UDC demande au demi-canton de déposer à nouveau une initiative cantonale au parlement fédéral. «Pour le 500e anniversaire de l'entrée de Bâle dans la Confédération, la transformation des deux demi-cantons en cantons à part entière serait un beau geste», déclarait hier Dieter Völlmin. Le projet a toutefois peu de chances d'aboutir.

Objectif constitutionnel

L'objectif est pourtant inscrit dans sa Constitution: Bâle-Campagne doit œuvrer dans le but d'accéder au rang de canton. Parallèlement, la Constitution de Bâle-Ville intime au demi-canton urbain le devoir de travailler à une réunification des deux Bâles. Du côté de la Ville, on a toutefois enterré le projet depuis belle lurette – le peuple s'est prononcé contre cette réunification en 1958 – et l'on pense même à retirer de la Constitution l'article s'y référant.

Avec cette simple interpellation au gouvernement, l'UDC de Bâle-Campagne espère surtout récupérer la discussion sur la place des deux Bâles dans la Confédération, et sur la création d'une région bâloise politiquement plus forte. Un débat qui jusqu'ici ne semblait pas passionner la droite agrarienne.

Au début de 1999, ce sont en effet la députée verte de Bâle-Campagne Esther Maag, la socialiste argovienne Regine Roth, le radical de Bâle-Ville Roman Geeser et le démocrate-chrétien soleurois Rolf Grütter qui demandaient la création d'un nouveau canton du Nord-Ouest, regroupant les deux demi-cantons bâlois, le Fricktal argovien et les districts soleurois de Thierstein et Dorneck. Les cantons concernés ont enterré le projet, préférant «développer la collaboration intercantonale». Pour l'UDC, le canton du Nord-Ouest n'avait pas non plus d'intérêt. «Il était parfaitement utopique de vouloir couper une partie du canton de Soleure et une autre de celui d'Argovie, explique Dieter Völlmin. Par contre, une plus grande représentation des deux Bâles au parlement fédéral est hautement plus souhaitable et réalisable.»

Qu'est-ce que cela apporterait? «Il s'agit de donner à Bâle-Campagne la place qu'il mérite dans la Confédération, et non pas celle d'une demi-portion. Les Romands devraient être favorables à faire de Bâle-Ville et Bâle-Campagne deux cantons, continue le député. La région bâloise leur est politiquement plus proche, et partage des préoccupations similaires aux leurs. De toute manière, nous refusons l'idée très helvétique que rien ne doit changer sous prétexte que ça fonctionne dans l'Etat actuel.» Pour Esther Maag, le credo UDC représente surtout une manœuvre destinée à flatter l'esprit de clocher des électeurs.