Un profil d’électeurs bobos, mais à nuancer. Une sensibilité de «tendance gauche libérale»: c’est ainsi que l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) décrit le penchant politique des expatriés. Pour marquer le vingtième anniversaire du droit de vote par correspondance pour les Suisses d’ailleurs, l’OSE a commandé une étude sur leurs choix. Politologue à l’Université de Zurich, Michael Hermann s’est d’abord penché sur les résultats des élections fédérales d’octobre 2011 dans les neuf cantons qui comptent les bulletins séparément. Ce groupe de cantons comprend Bâle-Ville, Saint-Gall, Genève et Vaud, et représente environ 50% du total des inscrits. Le premier parti des Suisses de l’étranger est le PS, avec 21% des suffrages, suivi par l’UDC, 20%, soit 6% de moins que son score national. Michael Hermann se dit surpris par le soutien des expatriés aux Verts, à 15% des voix, près du double du résultat au pays. Au reste, les Suisses du lointain soutiennent le PLR avec quasiment la même vigueur que les locaux, 15%, mais dédaignent quelque peu le PDC, et n’ont pas réservé un accueil enthousiaste au PBD, mal connu.

La migration divise

Analysant aussi les résultats de 42 votations entre 2004 et 2012, Michael Hermann relève, ce qui est moins surprenant, le clivage qui sépare les votants de l’étranger des scores nationaux lorsqu’il s’agit de migration, de resserrement de la politique migratoire ou de naturalisations facilitées: les scrutins hors Suisse sont 19% en dessous des choix nationaux. Les positions sont plus proches à propos de politique sociale, de finances publiques et même d’environnement, ce qui «a de quoi surprendre vu le soutien important en faveur des Verts», note l’analyste. Celui-ci n’a pas pu détailler son étude selon les pays de résidence des électeurs. Les expatriés, d’irréductibles gauchistes? Michael Hermann comme l’ancien conseiller national (libéral) Jacques-Simon Eggly, président de l’OSE, s’empressent de nuancer. Par exemple, le chercheur a comparé les votes d’au-delà des frontières à ceux d’une ville suisse: c’est Baden, en Argovie, qui semble la plus proche des plébiscites d’ailleurs. Une cité de Suisse intérieure, «urbaine et cultivée», note Michael Hermann, qui prévient: de fait, les grandes villes alémaniques et bien des communes romandes votent plus à gauche que les électeurs éloignés. Jacques-Simon Eggly parle d’une «majorité de Suisses de l’étranger de sensibilité libérale, mais qui tiennent, entre autres, à la libre circulation», ce qui les tient à distance du premier parti sur le plan intérieur.

Même si le nombre d’inscrits pour voter – un petit quart des 700 000 personnes vivant hors du pays – demeure limité, le directeur de l’OSE, Rudolf Wyder, juge cette part «réjouissante», d’autant qu’elle augmente chaque année. L’OSE mise en particulier sur les travailleurs mobiles, qui ne restent pas des décennies en place, et qui se situent plutôt dans la zone européenne.

Déjà une antienne pour l’OSE, le vote électronique, testé par seulement quatre cantons aux élections fédérales, se fait toujours attendre. L’OSE a lancé une pétition pour réclamer sa généralisation à l’horizon du scrutin de 2015.