José-Manuel Barroso l’a répété à plusieurs reprises: la «nouvelle impulsion» bilatérale entre la Suisse et l’UE ne pourra pas intervenir sans un accord institutionnel sur une reprise plus large par la Suisse de la législation communautaire, pour tout ce qui concerne l’accès des entreprises helvétiques au marché européen.

Cette exigence, assurée de faire bondir l’UDC en cette année électorale, «n’est pas une pré-condition», mais elle figure en haut de la liste des sujets dont les experts des deux parties vont se saisir dans les prochaines semaines. «Nous voulons nous engager dans un dialogue technique poussé avec la Suisse a poursuivi le président de la Commission européenne qui a rappelé que les échanges commerciaux avec la Confédération pèsent plus de 750 millions d’euros par jour. Les questions à résoudre sont complexes. Des clarifications sont nécessaires. Une approche d’ensemble, homogène et cohérente est néanmoins indispensable».

Pour la cheffe du département des Affaires étrangères, l’affaire s’annonce délicate. Mme Calmy-Rey, qui a rejoint après le déjeuner le bâtiment du Conseil européen pour rejoindre son président, Herman Van Rompuy (représentant des Vingt-Sept), a compris que ce nouveau panel d’experts est attendu au tournant. «Nos experts arriveront avec des questions concrètes sur les intentions helvétiques» a précisé au Temps une source communautaire. La présidente de la Confédération aurait pour sa part évoqué lors du déjeuner la nécessité, pour le Conseil fédéral, de s’entendre sur un mandat de négociation spécifique sur les questions institutionnelles. «L’objectif n’est pas de passer des années à discuter pour n’aboutir à rien» a déclaré Mme Calmy-Rey aux journalistes.

Ce déjeuner «stratégique» à la Commission européenne suivait une rencontre, ce mardi matin, avec le président du Parlement européen Jerzy Buzek, invité à se rendre en Suisse les 9 et 10 juin prochain. Une invitation aussitôt acceptée et confirmée.

Celui-ci a admis que l’idée d’un «paquet est intéressante», avertissant ses interlocuteurs helvétiques que les eurodéputés devront de toute façon approuver tout nouvel accord avec la Confédération. «Il est important dans ce contexte de multiplier les rencontres à tous les niveaux entre le parlement européen et le parlement Suisse a-t-il poursuivi. Nous avons besoin de contacts étroits pour discuter des sujets essentiels, comme la compatibilité indispensable entre le droit suisse et le droit communautaire pour la participation à un espace économique commun».

Le président du parlement européen, peu au fait des affaires suisses, était accompagné des deux eurodéputés les plus familiers de ces questions: la vice-présidente britannique Diana Wallis, bien connue à Berne, et le président de la délégation du PE pour les relations avec les pays de l’AELE (Association européenne de libre-échange composée de la Suisse, du Liechtenstein, de l’Islande et de la Norvège), l’Irlandais Pat «the Cope» Gallagher.

Dans leurs conclusions de décembre 2010 sur la Suisse, les Vingt-Sept ont exigé un accord préalable entre la Confédération et l’UE sur les questions institutionnelles, pour que les futurs accords d’accès au marché intérieur ne soient plus statiques et incluent une reprise la plus automatique possible du droit communautaire. Un dossier sur lequel le parlement européen se montrera, à l’évidence, fort vigilant. Signe de la prise de conscience par la Suisse de l’importance croissante de cette assemblée depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne le 1er janvier 2010, un diplomate helvétique, William Frei, est désormais spécifiquement chargé de ce dossier à la Mission suisse auprès de l’Union à Bruxelles.

La visite de Mme Calmy-Rey à Bruxelles doit s’achever en fin de journée.