En tant qu'organe de haute surveillance parlementaire, la commission de gestion du Conseil des Etats a rendu publique vendredi son analyse des dysfonctionnements qui ont marqué la planification et l'organisation de l'Expo jusqu'à la crise de l'été 1999. On se souvient que, quasi cliniquement morte, la manifestation avait alors été remise en selle sous l'égide de Pascal Couchepin au prix d'une restructuration énergique (report d'une année, rênes confiées à Nelly Wenger (direction générale) et Franz Steinegger (comité directeur), nouvel apport de fonds publics, etc.)

Les conclusions de la commission de gestion ne divergent pas sensiblement de celles de l'audit Hayek fait en 1999, qui avait servi de base à la réorganisation du projet. Le rapport s'attache toutefois plus spécifiquement à identifier les responsabilités des divers acteurs impliqués. En l'occurrence, personne n'est épargné, de la direction générale, dirigée alors par Jacqueline Fendt, au comité stratégique (présidé par Francis Matthey) en passant par les réviseurs, le Conseil fédéral (au sein duquel le projet était porté essentiellement par Jean-Pascal Delamuraz) et le parlement.

«Problèmes en cascade»

Ce n'est pas l'un ou l'autre événement qui a fait échouer Expo.01, mais «la conjonction de problèmes en cascades, circonstances défavorables et mauvaises décisions», a souligné la présidente de la commission, Helen Leumann (PRD/LU). Ces difficultés et erreurs ont commencé dès la phase de planification, ce qui d'emblée «a indubitablement exercé une influence négative sur la recherche de sponsors».

A propos de la direction générale, la commission note en substance qu'elle n'a longtemps pas voulu voir ou en tout cas admettre l'étendue des problèmes. Le manque d'expérience des cadres en matière de gestion les a conduits à lancer des appels à la confiance «pour masquer à la fois leurs faiblesses et celles du projet». L'«arrogance» de Mme Fendt à l'égard des sponsors potentiels et la rétention d'informations qu'elle pratiquait à l'égard du Comité stratégique (dont elle se méfiait) ont «précipité la crise».

Le comité stratégique a lui été incapable de réagir parce qu'il s'agissait d'un «organe de milice», constitué essentiellement de politiciens plutôt que de professionnels. Le comité a ainsi compté par moments 19 membres dont aucun spécialiste de la gestion, des finances, de la technique ou de la culture. Le travail du comité relevait «beaucoup de l'improvisation à ses débuts» et «la clarté et la fermeté dans les décisions ne faisaient pas partie de ses principales qualités», note le rapport avec un art consommé de l'euphémisme. En clair, le comité stratégique a laissé faire la direction dès le début et, jusqu'au bout, il lui a régulièrement renouvelé sa confiance «par peur d'aggraver la situation».

Côté autorités politiques, la commission souligne que le projet a été lancé sous forte pression. On voulait absolument le mettre sur les rails rapidement malgré ses «zones d'ombre» et ses «questions ouvertes». Le parlement a ainsi été appelé à donner son aval à un crédit pour l'Expo en 1996 deux mois seulement après qu'un groupe de travail a été formé pour en définir les contenus. En outre, la critique était pratiquement interdite à l'époque sous peine «d'être taxé d'adversaire de l'Expo». Cela est d'autant plus regrettable que la commission souligne qu'«avec le recul, le concept de financement (qui prévoyait 80% de fonds privés à l'origine) apparaît irréaliste». L'accompagnement politique du projet a été déficient également. Le gouvernement s'est cantonné dans une attitude d'«intérêt distant» et de «patience sceptique», laissant faire jusqu'à ce qu'éclate la crise alors qu'il aurait dû «définir son rôle et ses responsabilités clairement dès le départ».

La commission n'épargne pas non plus les organes de controlling externes dont elle s'interroge sur la responsabilité. Elle mentionne en particulier un rapport de PricewaterhouseCoopers du 5 mars 1999, qui certifiait «l'adéquation des instruments de controlling existants à la gestion et la surveillance de l'Expo». Avis d'expert qui a été «utilisé par la suite pour tranquilliser les esprits critiques».

L'affaire n'est pas close, aux yeux de la commission. Celle-ci est persuadée que «de nombreux dysfonctionnements de moindre importance (notamment à la direction générale)» ont échappé à sa sagacité dans le cadre de son examen relativement sommaire. Elle attend donc du Conseil fédéral qu'il procède à un bilan plus étayé qui englobe la question d'«éventuelles responsabilités sur le plan pénal ou civil». Elle l'invite en outre à étudier l'opportunité d'une loi sur le soutien de grands projets par la Confédération, qui fixerait des règles du jeu générales pour l'avenir. Des réponses du Conseil fédéral sont attendues d'ici à juin.