Il n'y croyait pas, mais il s'y attendait un peu. Lundi matin, le dénonciateur de l'affaire Banque Cantonale du Valais-Dorsaz et candidat indépendant à diverses élections depuis 1997, Michel Carron, a été expulsé de son domicile de Fully, un appartement qu'il partageait épisodiquement depuis près de trente ans avec son épouse, en alternance avec son «nid d'aigle» à Ovronnaz. C'est à la suite d'une procédure engagée par Credit Suisse, propriétaire des lieux, que la police cantonale est intervenue. Après plus d'une heure de palabres, Michel Carron a accepté de quitter l'endroit, laissant la place aux déménageurs.

Le politicien valaisan avait néanmoins préparé un communiqué à l'attention des policiers et des médias, dans lequel il déplore que «depuis quinze ans, les autorités administratives, judiciaires, politiques et bancaires se sont toujours entendues pour bloquer les procédures civiles et pénales que j'ai déposées suite aux agissements de plusieurs représentants de l'ancienne et de la nouvelle Banque Cantonale du Valais (BCVs)».

Pour mémoire, Michel Carron avait été le premier à la fin des années 80 à dénoncer les pratiques de Jean Dorsaz, aujourd'hui en prison, et alors représentant de la Banque Cantonale du Valais à Fully. Dans les années 90, plusieurs tentatives d'arrangement ont eu lieu entre lui et la banque. La BCVs a même fait appel en 1999 à l'ombudsman des banques pour procéder à une médiation qui a abouti au début de cette année. Médiation qui n'a pas pu être finalisée dans les termes voulus par Michel Carron. Ce dernier a donc déposé une plainte civile au mois de mai devant le Tribunal de Sion, qui n'a toutefois pas été traitée. D'où un nouveau recours pendant devant le Tribunal fédéral pour déni de justice.

Rachat différé

Michel Carron s'était engagé à racheter l'appartement de Fully avec l'argent qu'il devait obtenir de son arrangement avec la BCVs. Mais Credit Suisse a perdu patience après les nombreux délais qui lui ont été octroyés depuis l'automne 1999. Sans contester le bon droit de la banque de procéder à cette opération, Michel Carron a voulu marquer son opposition à l'expulsion: «De manière symbolique, mon acte se veut politique. Quand j'engage personnellement des procédures, il faut des années pour obtenir des réponses. Quand on les engage contre moi, cela va beaucoup plus vite.»

Il reste qu'à plusieurs reprises, des experts mandatés par le Conseil d'Etat, la sous-commission de justice, ainsi que les conclusions de diverses procédures engagées ont confirmé les accusations de Michel Carron, de manière partielle et souvent isolée. Ayant mené un combat politique solitaire, il est apparu comme un accusateur de l'establishment valaisan.

Il n'a ainsi jamais eu gain de cause face à la BCVs, qui, inflexible, ne lui a pas versé un centime. Reste toutefois sa plus belle victoire: les 14% de voix qu'il a obtenus en 1997 lors de l'élection au Conseil d'Etat. Par la suite, ses résultats électoraux ont été moins probants, mais les campagnes lui ont toujours permis de jouer au trouble-fête, ou à l'invité indésirable à la table des partis.

Lundi, après une heure particulièrement tendue passée en présence des policiers, Michel Carron a vécu ce nouvel épisode de façon quelque peu paradoxale: avec une certaine philosophie et tout autant de fébrilité. Il faut dire qu'il n'entend pas s'assagir. Il annonce déjà qu'il sera candidat aux élections fédérales de 2003: «Je reste de marbre face aux pressions et je continue de me battre contre les abus de pouvoir ou les dénis de justice dont sont victimes les citoyens.» Les voilà avertis.