Le rendez-vous est fixé à 7h30 à l’arrêt Délices du métro lausannois. Sur place, une dizaine de militants d’Extinction Rebelion (ou XR) se partagent un stylo et notent sur le dos de leur main un numéro de téléphone. «C’est celui d’un avocat au cas où on se ferait embarquer par la police», indique Océane, une militante active dans ce mouvement de désobéissance civile depuis le mois de septembre. Une crainte justifiée car, pour la première fois, l’organisation écologiste a décidé de prendre pour cible le siège de sociétés privées.

Le point de ralliement: le parking de Bellerives, où deux bus attendent les «Rebels». Il est 7h55 et en l’espace de quelques minutes, ils sont une centaine. Seuls les chauffeurs et les rares membres de la planification d’XR connaissent la destination. «J’ai seulement reçu un mail avec la date, l’heure et ce lieu de rendez-vous, détaille un bloqueur. Je me suis porté volontaire sans en savoir plus. Je leur fais confiance.» A 8 heures, les cars prennent la route direction Genève. «Nous nous faisons passer pour une ONG du nom de «Life for children» qui organise un séminaire de team building», précise un porte-parole. Sur la route, des feuilles circulent. C’est «le consensus d’action», un document rappelant aux militants les risques légaux, les valeurs du mouvement comme la non-violence, mais aussi l’interdiction de dégrader le matériel ou de consommer de l’alcool.

Tous contrôlés

A 10 heures, à Genève, après s’être fait passer pour un groupe de touristes, les militants empruntent la rue du Rhône où siège la société Mercuria Energy Trading. Arrivés devant sa porte, ils s’allongent, se vétissent de combinaisons et recouvrent leurs corps de banderoles. «Nous mimons une scène de crime pour dénoncer les ravages causés par ces sociétés écocides spécialisées dans le commerce des matières premières», revendique une «Rebel». Une heure plus tard, tous les militants sont évacués par les forces de l’ordre. «Nous avons tous été contrôlés», indique un militant. Simultanément, les sociétés Cargill, à Pont-Rouge, Vitol, place des Bergues, et Ifchor, place Pépinet à Lausanne, ont aussi été bloquées jusqu’à midi.

Lire aussi: Démocratie et changement climatique: l’insoluble équation

«Leur business repose sur l’exploitation humaine et de nos ressources naturelles, mais rien n’est fait pour les en empêcher! s’indigne un «Rebel». En Suisse, nous leur offrons même de quoi le faire en toute discrétion.» Des représentants de Mercuria ont annoncé être prêts à rencontrer des militants, «mais nous préférons qu’ils se justifient publiquement, rétorque un activiste. Et que des régulateurs étatiques soient mis en place pour brider les actions de ces entreprises dont les chiffres d’affaires se comptent en milliards.»


Article modifié le 17 février, car le bureau genevois de la société Cargill est situé à Pont-Rouge et plus à Champel comme précédemment indiqué