Les haut gradés ont gagné. Ils ont réussi à persuader leur cheffe, Viola Amherd, de choisir comme nouvel avion de combat le F-35 américain, la Ferrari des airs. L’appel gris-vert a malheureusement aussi été suivi par la majorité du Conseil fédéral.

Pour justifier ce choix, la ministre de la Défense n’a cessé de marteler le même argument: les critères sont objectifs, cet avion présente le meilleur rapport coûts/bénéfices. Or ce point est peu convaincant et peut être contesté selon la manière de calculer. Par ailleurs, ces avions sont très critiqués sur le plan technique. Y compris aux Etats-Unis où un récent rapport du Pentagone a comptabilisé 871 déficiences. La question de la protection des données et de la souveraineté interpelle également.

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Pas de vision politique

Plus encore, une décision aussi sensible que l’acquisition d’un nouvel avion de combat doit prendre en compte tous les aspects, dont la question géostratégique. Sauf qu’à cette condition, ce sont clairement les appareils européens – le français Rafale ou l’anglo-italo-hispano-allemand Eurofighter – qui s’imposaient. Les programmes de coopération proposés étaient tous deux très intéressants. Mieux: alors que les relations entre la Suisse et ses grands voisins sont extrêmement tendues, l’achat d’un avion européen aurait permis de retrouver une certaine confiance.

Avec son choix, Viola Amherd a également commis une erreur politique sur le plan interne. Au parlement, la bataille n’est pas encore gagnée. La gauche est fortement opposée au choix des F-35. Le Centre sera lui au garde-à-vous, mais du côté des vert’libéraux, du PLR et même de certains UDC, cette option ne fait pas l’unanimité. La Valaisanne devra aussi faire face à une initiative lancée par la gauche pour s’opposer au modèle américain.

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Viola Amherd très tendue

Arcboutée sur son choix, Viola Amherd donne l’impression d’avoir oublié que les Suisses ont accepté d’extrême justesse l’achat de nouveaux avions. En septembre 2020, la cheffe du Département de la défense avait d’ailleurs fait la différence grâce à une communication très active. Tout le contraire de ce mercredi où, très tendue, elle s’est réfugiée derrière des critères militaro-technologiques. Preuve de cette tension, elle a répondu à toutes les questions des journalistes francophones en allemand. Dans le ciel suisse, la ministre n’a pas encore gagné son premier vrai combat comme conseillère fédérale.

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