Hier, le personnel des Transports publics genevois (TPG) a reçu deux nouvelles de taille: d'une part, Daniel Eléouet, directeur d'exploitation mis en cause pour sa gestion dans le rapport Annoni, a été licencié. D'autre part, les employés ont appris par e-mail une démission au sein de son conseil d'administration (CA): celle de la Verte Fabienne Bugnon, qui dirige le Service pour la promotion de l'égalité. Alors que le président des TPG annonçait un départ «pour des motifs personnels», Fabienne Bugnon livre au «Temps»une tout autre version.

Le Temps: Pourquoi avez-vous décidé de quitter les TPG?

Fabienne Bugnon: Je mûris cette décision depuis cet été, quand l'entreprise s'est séparée brutalement de l'ancienne directrice, Stéphanie Fontugne. Cela fait six ans que je suis membre de ce conseil; un mandat dans lequel j'ai été très active. Mais aujourd'hui, je ne me sens plus en phase avec le CA. J'ai perdu la confiance nécessaire à la poursuite de mon mandat.

- Que vous inspirent les circonstances du départ de Mme Fontugne?

- A l'époque, j'étais la seule sur les 19 membres du CA à m'opposer à ce départ. Je n'ai pas compris comment on pouvait se débarrasser de façon aussi brutale d'une personne à qui l'on reconnaissait par ailleurs de grandes compétences. Les objectifs que lui fixait le contrat de prestations des TPG ont été parfaitement atteints. J'ai donc demandé au CA de ne pas prendre de décision sans tenter au préalable d'épauler Stéphanie Fontugne dans le domaine managérial, le seul dans lequel on lui faisait des reproches. Notre rôle, c'était de l'aider. J'ai aussi demandé qu'elle soit entendue par le CA. On m'a répondu qu'elle ne le souhaitait pas, ce qui ne correspond pas aux informations que j'avais.

- Paie-t-elle le fait d'être une femme?

- Je ne la défendais pas en tant que femme, mais en tant que personne compétente. Le rapport Annoni est venu confirmer qu'il n'y avait pas de «graves erreurs de gestion» de la part de Mme Fontugne. Cette manière de traiter les gens est inacceptable. Je constate d'ailleurs que le directeur d'exploitation a eu droit à un traitement différent: le CA a attendu cinq mois avant de décider de s'en séparer, et il lui a accordé le droit d'être entendu auparavant.

- Vous affirmez «ne plus être en phase» avec l'entreprise...

- La surmédiatisation des événements m'a écœurée. Des membres du CA ont communiqué alors qu'il aurait fallu rester discret. Je ne partage pas cette manière de faire, qui a déstabilisé l'entreprise. Je ne comprends pas non plus quelles sont les priorités de l'entreprise en matière de ressources humaines: Stéphanie Fontugne est partie en juillet, et les TPG n'ont toujours pas de nouveau directeur car ils ont dû attendre les décisions du Conseil d'Etat par rapport aux rémunérations. De même, le collège de direction fonctionne de manière réduite. Je m'étonne par ailleurs de l'engagement soudain de 70 conducteurs: en tant que membre de la commission des ressources humaines des TPG, je n'étais pas au courant que l'on souffrait d'un problème de sous-effectifs de cette ampleur. J'aurais pourtant dû en être tenue informée.