Vaud

Fabienne Despot, le gâchis d’une ambition

La présidente de l’UDC peut-elle sauver sa tête devant le congrès de son parti? Portrait en situation d’une politicienne qui risque de tout perdre

Fabienne Despot, le gâchis d’une ambition

Vaud La présidente de l’UDC peut-elle sauver sa tête devant le congrès de son parti le 13 août?

Portrait en situation d’une politicienne qui risque de tout perdre

Fabienne Despot, la présidente de l’UDC Vaud, va-t-elle vraiment affronter le congrès de son parti, en lui demandant de la confirmer comme candidate aux Chambres fédérales ainsi que comme présidente de la formation cantonale? Ou la réflexion qu’elle mène ces jours en son for intérieur la poussera-t-elle à renoncer avant le soir fatidique du 13 août prochain?

La députée Alice Glauser, une des seules à l’avoir publiquement soutenue dans la tornade, aimerait bien qu’elle reste. Pour les ténors du parti, comme le conseiller national Guy Parmelin, la «moins mauvaise solution, pour l’UDC comme pour elle» serait qu’elle renonce. Elle a encore une semaine pour se décider, soupirent des membres du parti, bien en peine de faire un pronostic.

Fabienne Despot, qui ne veut plus répondre à la presse avant ce congrès, a donné jusqu’ici des signes de détermination. D’obstination, dénoncent ceux qui auraient préféré la voir rapidement lâcher prise. C’est en conformité avec son caractère. Celle qui préside l’UDC Vaud depuis un an et demi est une tenace, une battante. Tout le monde vous le dira, quand elle fait quelque chose elle va jusqu’au bout.

Croit-elle pouvoir gagner devant le congrès? Pensant n’avoir plus rien à perdre, veut-elle y jouer son va-tout? L’hypothèse est crédible. Ayant entraîné son parti dans une tempête où enregistrement clandestin, dénonciation pour chantage et insultes entre camarades rallument les guerres intestines, elle a reconnu sa faute. Mais sa profession de naïveté n’a pas convaincu tout le monde. Le soin mis à s’assurer que les camarades enregistrés ne porteraient pas plainte contre elle tend plutôt à accréditer le contraire.

Son attitude pendant la crise laisse aussi apparaître, sinon un déni, en tout cas une sous-estimation de la gravité de son acte illégal et de ses conséquences. Elle s’attendait à passer un mauvais quart d’heure. Elle n’avait pas prévu le départ en vrille d’une affaire durable. En préparant la conférence de presse où le parti devait exposer la «tentative de déstabilisation» le visant, elle pensait avoir la confiance du comité central, qui s’était montré plutôt accommodant à son égard. Mais c’était avant la révélation des faits par la presse. Sitôt l’affaire rendue publique, alors qu’il était trop tard pour elle pour se présenter avec crédibilité comme une victime, les déclarations tranchantes de certains des siens lui donnent l’occasion de méditer sur le réel soutien dont elle dispose.

Fabienne Despot est une femme compétente, travailleuse, scientifique de formation. Elle a le verbe clair, pas très diplomatique. Il y a dix-huit mois, elle a été élue présidente de l’UDC, après la démission de Claude-Alain Voiblet. Une élection plutôt tiède pour celle qui était la seule candidate à ce poste exposé. La Valaisanne qu’elle est promet alors d’arrondir les angles, à la vaudoise, pour réunir sous son autorité les UDC des villes, dont elle fait partie, et ceux des champs, qui l’acceptent.

Lâcher? Pour Fabienne Despot, c’est admettre qu’elle est tombée face au clan adverse. La séance enregistrée devait être une explication avec Philippe Stauber, une grande gueule de la section lausannoise passant pour le bras armé de Claude-Alain Voiblet. Dur au vu de la solide inimitié qu’elle entretient avec ce dernier. C’est admettre aussi qu’elle n’a pas réussi à gagner le combat des chefs pour la suprématie sur le secteur urbain de l’UDC; échoué du coup à rétablir la concorde dans un parti qui confirme avec éclat sa ressemblance avec un panier de crabes. Il aurait fallu un charisme qu’elle n’a pas, si tant est que quelqu’un l’ait.

Réduite à porter plainte contre son ex-compagnon, le détective privé valaisan qui a transmis à un «maître chanteur» l’enregistrement du scandale – un document qui serait en lui-même insignifiant –, Fabienne Despot se révèle à son tour exposée dans sa vie privée. Il y a deux ans, c’est le rival Voiblet qui faisait face à un déballage sur ses relations personnelles.

Abandonner, c’est aussi renoncer à ce qui pourrait être sa grande ambition, la reconquête du siège UDC au Conseil d’Etat, perdu au décès de Jean-Claude Mermoud, dernier ministre agrarien vaudois. Mettre en avant la bonne personne pour l’exécutif cantonal, en vue des élections 2017, voilà le cœur de sa stratégie depuis des années, étant entendu que la bonne personne c’est elle, assurent certains «camarades». Alors qu’elle se croyait près du but, la battante sent que tout s’effondre sous ses pieds.

Fabienne Despot, 50 ans cette année, a encore une semaine pour faire le compte de ses amis. Elle devrait avoir un soutien chez les femmes, chez ceux qui ne supportent pas que le député Pierre-Yves Rapaz l’ait traitée de «pomme pourrie». Oskar Freysinger, dit-on, l’encourage à tenir bon. Désormais seul ministre UDC romand, le conseiller d’Etat valaisan a engagé comme communicateur l’éditeur Slobodan Despot, l’ancien mari et père de leurs deux filles, avec lequel elle a conservé de la complicité. Mais ce soutien extérieur ne lui sera guère utile sur le plan cantonal. Le parti suisse ne s’immisce pas dans ce qu’il tient, du moins pour l’heure, pour une affaire vaudoise.

«L’Histoire pardonne à ceux qui ont l’humilité de partir», susurrent à Fabienne Despot ceux qui lui prédisent une destitution honteuse par le congrès ou qui mettent son obstination sur le compte d’une ambition égoïste. Les exemples abondent, y compris à l’UDC, de traversées du désert qui ont débouché sur un rebond. Tenez, Pierre-François Veillon n’achève-t-il pas justement un digne parcours de conseiller national, lui qui avait dû démissionner du Château cantonal? Si Fabienne Despot persiste à se présenter devant le congrès en candidate, les délégués devront répondre à trois questions. Faut-il la maintenir, au côté de Michaël Buffat, sur la liste des candidats aux Etats? Faut-il la maintenir, parmi dix-huit noms, sur la liste des candidats au Conseil national? Peut-elle rester présidente du parti? La première question est la plus sensible, vu la forte exposition médiatique de la campagne pour la Chambre des cantons. Beaucoup attendent, même si l’intéressée ne démissionne pas d’elle-même de tout, qu’elle fasse au moins un geste.

Lâcher prise, c’est aussi renoncer à son grand projet, son élection au Conseil d’Etat vaudois

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