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Fabienne Despot s’accroche au pouvoir

Psychodrame à l’UDC vaudoise: la présidente a enregistré des collègues à leur insu. Le conseiller national Guy Parmelin réclame sa démission

Fabienne Despot s’accroche au pouvoir

Crise Psychodrame à l’UDC vaudoise: la présidentea enregistré des collègues à leur insu

Le conseiller national Guy Parmelin réclame sa démission

Fabienne Despot est apparue le visage fermé, l’air sévère face aux médias lundi. Forcée de s’expliquer sur la nouvelle crise qui agite son parti. Mais déterminée à annoncer qu’elle ne compte pas démissionner, ni retirer sa candidature aux élections fédérales, en tout cas pas pour l’instant. Samedi, La Liberté révélait que la présidente de l’UDC Vaud avait enregistré une conversation impliquant d’autres chefs du parti, à leur insu. Lundi, Fabienne Despot a présenté ses excuses à ses collègues pour cette «maladresse».

Une «erreur» commise par «naïveté», qui ne justifie pas, selon elle, son abdication: «Les instances dirigeantes ont réitéré leur confiance à mon égard», dit-elle. Fabienne Despot estime avoir obtenu le soutien du comité central du parti, ce dernier ayant refusé lors d’un vote jeudi, par 17 voix contre 2 abstentions et 2 oppositions, de convoquer un congrès extraordinaire. «Cette décision parle en faveur du maintien de la candidature de Madame Despot», estime le secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier.

Fabienne Despot n’exclut pas toutefois de se retirer de la course si la situation s’envenimait. Quelques instants avant son rendez-vous avec la presse, elle recevait un SMS de son colistier, le conseiller national Guy Parmelin, l’enjoignant à démissionner. En vain. L’élu ne cache pas sa déception: «Elle a pris la mauvaise décision. J’attends d’elle qu’elle réfléchisse à nouveau et qu’elle tire la seule conclusion valable: elle doit se retirer.» D’autres membres du comité central du parti abondent dans ce sens. «Elle doit admettre qu’elle n’est plus crédible», s’insurge Fabien Deillon, lui aussi candidat au Conseil national. Pour le conseiller communal lausannois, il y va de la survie du parti: «Nous sommes faibles. Nous le resterons tant que nous n’aurons pas éliminé ce qui nous pourrit.»

«Si elle reste, elle devra mener une campagne avec un boulet au pied», estime quant à lui le conseiller national Jean-Pierre Grin, se désolant d’une nouvelle «affaire qui décrédibilise la politique». La députée Alice Glauser, candidate au Conseil national, défendra de son côté la présidente jusqu’au bout: «Elle a fait une erreur. Ce n’est pas une raison pour la laisser tomber. Et je veux qu’il y ait au moins trois femmes sur nos listes.»

Mais ils sont peu à soutenir ouvertement Fabienne Despot, tandis que des propos se répandent sur les réseaux sociaux pour fustiger l’éthique douteuse de l’UDC. Et le parti gronde hors des frontières vaudoises: «En se rendant coupable d’un acte pénalement répréhensible, Madame Despot a rompu le lien de confiance entre elle et ses partisans. Elle doit se retirer», juge ainsi Céline Amaudruz, conseillère nationale genevoise.

«Cette affaire est de nature à entacher notre début de campagne», admet Kevin Grangier. Le secrétaire général de l’UDC Vaud s’empresse de dénoncer une «tentative de déstabilisation» destinée à «empêcher l’UDC d’obtenir des sièges aux élections fédérales». Les déboires de son parti, pourtant, ne datent pas d’hier. Ils remontent à la crise qui éclatait en 2013 autour de la personnalité de Claude-Alain Voiblet, vice-président de l’UDC Suisse et ancien président de la section cantonale vaudoise.

Au printemps 2014, au comble des tensions, Philippe Stauber, président du groupe au Conseil communal lausannois, tire sur Fabienne Despot dans une lettre ouverte publiée dans 24 heures , l’accusant de nuire au parti. Les instances dirigeantes de l’UDC vaudoise convoquent alors une réunion de médiation. Trois autres membres se retrouvent à côté de Fabienne Despot: Michaël Buffat, chef du groupe au Grand Conseil, ainsi que les vice-présidents Jean-François Thuillard et Monika Commissione. Ils attendent l’auteur de la lettre au vitriol, qui ne viendra jamais. Pendant ce temps, Fabienne Despot enregistre la conversation sur un appareil prêté par son compagnon d’alors, Fred Reichenbach, détective, ancien inspecteur de la police judiciaire genevoise. C’est lui qui avait recommandé à la politicienne d’enregistrer les échanges. «J’ai été mal conseillée. Mais mon but n’était autre que de laisser une trace de mes propos pour qu’ils ne puissent être déformés», se défend aujourd’hui la présidente.

En mai 2014, l’élue UDC et son compagnon se séparent. L’enregistrement se trouvera entre les mains de Jean-Luc Laurent. Aujourd’hui au Parti bourgeois-démocratique, l’homme avait quitté l’UDC avec fracas en avril 2014. Il contestait la médiation orchestrée par la direction du parti, à la suite des dissensions au sein de la section lausannoise et aux crispations autour de Claude-Alain Voiblet, accusé d’avoir indûment touché des allocations chômage et d’imposer ses vues au parti. Fred Reichenbach a-t-il transmis lui-même la bande sonore à l’adversaire? Il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Jean-Luc Laurent non plus ne tient pas à s’exprimer, invoquant la «procédure en cours» auprès du Ministère public. Fabienne Despot et Michaël Buffat ont déposé une plainte contre lui pour utilisation d’un enregistrement à but de contrainte.

Jean-Luc Laurent avait contacté la direction de son ancien parti en juin, pour l’informer qu’il détenait l’enregistrement, ainsi que d’autres documents compromettants sur quatre membres du parti, candidats aux élections fédérales. Selon Kevin Grangier, Jean-Luc Laurent tentait d’obtenir leur retrait de la course. Le transfuge exige aussi de recevoir la copie d’un rapport interne confidentiel sur la crise au sein de l’UDC. Rédigé par les conseillers nationaux UDC Raymond Clottu et Pierre-François Veillon, ce document blanchit Claude-Alain Voiblet.

Kevin Grangier affirme que le «maître chanteur» ne détenait aucun élément compromettant: «Ce sont des discussions de bistrot, rien de pénalement répréhensible.» L’événement ne révèle pas moins une UDC vaudoise rongée par des guerres intestines et marquée par un déficit de confiance à l’intérieur même de ses instances dirigeantes.

«J’attends d’elle qu’elle tire la seule conclusion valable: elle doit retirer sa candidature»

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