«Ce n’est pas la mise à mort qui a été jouissive, c’est la capacité de le faire et d’avoir le droit de vie ou de mort sur quelqu’un». Il aura fallu des heures d’interrogatoire avant que Fabrice A. ne se laisse déborder et évoque ce sentiment de toute-puissance ressenti au moment d’égorger Adeline.

Le prévenu se rattrapera vite: «Il ne se passe pas un jour sans que j’y pense. J’ai ça sur la conscience et c’est très lourd à porter.» Jugé depuis lundi à Genève pour l’assassinat de la sociothérapeute, l’homme évoque une pulsion criminelle, nourrie par des films d’horreur.

Fabrice A. se rappelle le jour où Adeline l’a accueilli à La Pâquerette. «Elle était souriante et avenante». Il ajoutera: «Elle ne pensait que faire du bien aux autres». Le prévenu admet avoir joué de cette gentillesse pour convaincre la sociothérapeute de modifier le programme et passer à la coutellerie du centre-ville avant d’aller au manège. «Elle a d’abord refusé. J’ai fait mon capricieux et elle a cédé. Je n’en suis pas fier.»

L’obsession polonaise

Le prévenu l’assure. En quittant Champ-Dollon, il n’avait que la Pologne en tête. Et l’obsession de retrouver Malgorzata, cette ancienne compagne contre laquelle il ruminait une cruelle vengeance. Pourquoi chercher sur internet des informations sur le cyanure, sur la veine jugulaire, l’artère carotide et la rigidité cadavérique? Pourquoi ce goût pour les films violents, les tueurs en série et les scènes d’égorgement?

«Cela m’intrigue», répond le prévenu. Lorsqu’il était détenu à Bochuz, avant de demander son admission à La Pâquerette, il avait du beau monde autour de lui. Le sadique de Romont, le bourreau de Plume et Claude D. avant que ce dernier ne tue Marie mais alors qu’il avait déjà tué son ex-compagne. «C’est là que ma curiosité a commencé et c’est devenu sans retenue.» Sur question du procureur général, Olivier Jornot, il admet avoir imaginé l’égorgement d’Adeline en passant commande de son couteau. «C’était une de mes idées mais pas la seule.»

Pulsion et préparation

Ce tragique 12 septembre 2013, Fabrice A. dit avoir tout préparé pour sa fuite. L’argent, la voiture, l’essence, l’itinéraire. «Il fallait que je parte ce jour-là quel que soit le scénario. D’où le drame.» En quittant La Pâquerette, il a lancé à Adeline: «Est-ce que tu as pris les sous, chérie?». Il reconnaît aujourd’hui que c’était très familier et déplacé. Mais il répète aussi avoir «flashé sur elle dès le premier jour.»

Après l’achat du couteau de chasseur, «je l’ai trouvé joli» explique ce grand fan des Victorinox, il en arrive à la scène fatale. «Nous nous sommes arrêtés vers cette maison abandonnée, je savais que c’était le moment. J’étais comme tétanisé. Adeline l’a remarqué et a pianoté sur son téléphone. J’ai eu peur qu’elle appelle la police. J’ai paniqué et ça a dérapé. Je l’ai entourée de mes bras, j’ai exhibé le couteau et je l’ai attachée à l’arbre.»

Fabrice A. explique qu’Adeline a tenté de le dissuader de fuir. «C’est plutôt moi qui avais peur de ce que je pouvais faire.» Pourquoi l’avoir tuée? «Je n’ai pas pensé une seule seconde à la bâillonner ou à l’assommer. J’ai craint qu’elle ne donne l’alerte. Elle était un obstacle à ma fuite et j’étais aussi pris par ces pulsions.»

Il ajoutera une troisième raison, soufflée par son psychiatre actuel: «Je voulais aussi me l’approprier tellement elle était généreuse.» Plus tard, il dira pourtant qu’il aurait aussi bien pu en tuer une autre dans les mêmes circonstances et encore après, sur insistance de Me Simon Ntah, qu’il «savait qu’il allait tuer Adeline et l’avait prévu». C’est assez confus.

Besoin de faire du mal

Selon les médecins légistes, la victime a mis cinq à dix minutes pour s’évanouir, se vider de son sang et mourir. Accusé d’avoir assisté à cette agonie, Fabrice A. relativise: «Je n’imagine pas être resté si longtemps devant elle. Ce serait le paroxysme du sadisme. Ce que j’ai fait est assez monstrueux sans avoir besoin d’y ajouter cette dimension.»

Le prévenu assure éprouver des regrets. Il a demandé à sa mère de déposer des fleurs sur la tombe de sa victime. Cette même mère qui lui aurait pourri la vie et qu’il qualifie de «mégalo, égocentrique et despotique». De son défunt père, «pervers et alcoolique», il ne dit guère plus de bien.

Et comment se qualifie-t-il lui-même? Dans «La psychologie pour les Nuls», ouvrage retrouvé dans sa cellule, il s’est reconnu dans le talent criminel, la propension au mensonge, la tendance à l’escroquerie et à la manipulation. Il le lisait, précise-t-il, pour comprendre ses maux et s’améliorer. «Ça n’a pas vraiment marché». Et pendant qu’il se traitait tout seul, il menait en bateau son thérapeute. «Je voulais fuir, je ne pouvais pas me confier.»

Fabrice A., 42 ans, binational franco-suisse, pense qu’il ne tuera plus. Mais il a encore des fantasmes de viol et se dit volontaire pour une castration physique. «J’ai besoin de faire du mal aux femmes et cela malgré moi.» Les experts psychiatres viendront mardi expliquer ces sombres ressorts.