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Fabrizio Gilardi: «Le contexte est favorable à une vague féminine»

Fabrizio Gilardi, professeur de sciences politiques à l’Université de Zurich, travaille sur la représentation des femmes en politique

Le Temps: Qu’est-ce qui favorise la représentation des femmes en politique?

Fabrizio Gilardi: Le nombre de candidates est un élément clé, c’est évident, mais il faut le souligner. Lors des élections cantonales zurichoises, non seulement il y a eu plus de femmes, mais elles ont aussi été mieux élues que les hommes, ce qui n’a pas toujours été le cas. Le contexte est favorable à une vague féminine aux élections d’automne, à la fois pour mobiliser les femmes à faire acte de candidature et les électrices à voter. La grève des femmes, annoncée pour le 14 juin, la renaissance du mouvement féministe à l’échelle globale: cette conjoncture place le problème des droits des femmes en politique et en économie au cœur du débat public.

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Un domaine dans lequel on a vu plutôt une stagnation au cours des dernières années.

La Suisse a introduit tardivement le droit de vote des femmes. La représentation a augmenté rapidement en vingt ans: on est passé de zéro en 1971 à 25-30% en moyenne à la fin de 1980. Puis ce taux a plafonné, entre autres parce que les mouvements féministes se sont moins focalisés sur la question. Le sentiment général était «on est sur la bonne route». Au cours des dernières années, il y a une prise de conscience que sans engagement actif et sans mobilisation, il n’y a pas d’amélioration. Ce nouvel esprit donne lieu à des campagnes comme «Helvetia ruft!», qui réalise un recrutement actif et travaille à convaincre les partis de prendre ce problème au sérieux.

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Pourquoi faut-il réaliser plus d’efforts pour recruter des femmes?

De manière générale, l’ambition politique est plus faible du côté des femmes. D’une part parce qu’avec le système de milice, la politique se fait en général «en plus du reste». Or les femmes assument souvent la plus grande part du travail domestique à côté de leur occupation professionnelle. Mais ce n’est pas la seule raison. Lors d’une enquête dans le milieu étudiant à l’Université de Zurich, nous avons constaté un fossé considérable entre étudiantes et étudiants à qui l’on a demandé s’ils pouvaient s’imaginer se porter candidats à une élection: 30% des hommes ont dit oui et seulement 15% des femmes.

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Les élues jouent-elles le rôle de modèle?

Cette fonction a eu davantage d’importance dans les années 1970-80, à une période où les femmes en politique étaient plus rares. Mais nous avons constaté que l’effet n’est pas forcément positif. Lorsque des femmes observent les attaques dont certaines figures politiques en vue font l’objet, cela peut avoir un effet dissuasif. Des personnalités comme la présidente des Jeunes socialistes, Tamara Funiciello, cristallisent la critique. Pourtant à ce stade, nos recherches portant sur la couverture de la campagne électorale de 2015 dans 30 journaux en Suisse n’ont pas permis de démontrer que les femmes sont traitées différemment que les hommes par les médias.

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