Ce ne sont pas les premiers opposants à l'initiative des 18% qui montent aux barricades. Avant même que Philipp Müller, désormais connu comme le père de ce projet, vienne le défendre devant la presse (Le Temps du 15 août), un comité de parlementaires, soutenu par les milieux économiques, s'était créé pour le combattre (Le Temps du 4 août). Suicide économique et euro-incompatibilité étaient leurs principaux arguments.

Arguments dangereux

Les raisons invoquées par le comité de «L'appel pour une Suisse tolérante» sont d'un autre ordre. «Les étrangers contribuent à la diversité de la société et à notre bien-être.» Cette phrase de la conseillère aux Etats Christiane Brunner (soc./GE) résume les arguments lancés mercredi à Berne, où il fut plutôt question de xénophobie et d'intégration que de démographie et de population active. Bien plus: Annemarie Sancar, du Mouvement chrétien pour la paix, a insisté sur le danger des arguments économiques, qui jouent le jeu de l'initiative, puisque comme ceux de ses auteurs, ils parlent en termes de coûts et de profits: «La politique des étrangers est plus qu'une politique économique.» Outre Christiane Brunner et Annemarie Sancar, la conseillère nationale Cécile Bühlmann (Verts/LU), Stéphane Montangero, président du Groupement suisse des associations de jeunesse, ainsi qu'un pasteur, Jacob Schädelin, étaient là pour montrer leur soutien à l'appel.

Une campagne de sensibilisation jalonnera les semaines qu'il reste jusqu'à la votation. Notamment, des affiches seront placardées dans toute la Suisse, qui arborent le slogan «La tolérance fait la force». Ça n'est pas tout: 500 signatures ont déjà été recueillies au bas d'un document dont les objectifs vont au-delà de la votation du 24 septembre. Citant l'exemple de Genève où «34% d'étrangers cohabitent sans trop de problèmes avec les Suisses», Christiane Brunner a insisté sur l'importance de l'intégration, notamment dans le domaine scolaire: «La violence qui suscite les craintes n'est pas le fait des étrangers, mais des marginaux.» Autre revendication de l'appel: «Une vraie politique des naturalisations», selon les termes de la socialiste. Autrement dit, l'accès facilité à la nationalité suisse pour la deuxième génération et un coût abordable, les deux lacunes qui rendent à ses yeux la politique actuelle restrictive.

«Une initiative comptable qui veut faire un pays de comptables»: Christiane Brunner ne cache pas son agacement face aux propositions de l'initiative. Comptable, d'abord parce que son auteur a tendance à n'argumenter qu'à coups de chiffres. Comptable, surtout parce que, si elle est acceptée, les immigrants seront étrangers ou ne le seront pas en fonction de leur rôle social. «Prenons l'exemple d'une jeune scientifique. Selon les critères de l'initiative, elle pourra venir sans problème. Mais le premier souci de l'entreprise qui voudra l'engager sera de savoir si elle est mariée ou si elle a des enfants. Car, si elle n'est pas considérée comme étrangère, les membres de sa famille, si», remarque Christiane Brunner. Pour sa part, Cécile Bühlmann n'hésite pas à parler de racisme: «Au cœur de cette initiative se trouve l'idée que nous, Suisses, sommes meilleurs et que eux, étrangers, sont des individus de seconde classe dont la quantité pourrait nuire à notre bien-être.» Et le pasteur Jacob Schädelin renchérit: «La distinction entre les êtres utiles et ceux qui ne le sont pas relève du fascisme.»

Malgré l'optimisme des derniers sondages, l'initiative des 18% suscite l'inquiétude parmi les personnes présentes mercredi. «Elle est dangereuse, met en garde Christiane Brunner. Elle active les craintes nées des années de crise et qui sont encore perceptibles.» Et de rappeler la surprise qu'avait suscitée le vote sur la naturalisation facilitée en juin 1994, rejetée alors que tout le monde semblait unanime. «Cette fois-ci aussi, on parierait sur l'unanimité. Mais le soutien des femmes UDC aux 18%, par exemple, prouve bien qu'il ne s'agit que d'une façade.» Et Stéphane Montangero de conclure: «Le seul résultat qui nous importe, c'est celui des non le 24 septembre», nouvelle allusion à l'affection qu'entretient Philipp Müller à l'égard des chiffres.