Alors que le Royaume-Uni supprime toutes les mesures restrictives et que la France durcit le ton sur la question de l’obligation vaccinale, la Suisse suit sa propre voie. Elle n’est ni libérale au sens britannique du terme, ni centraliste à la française… elle est simplement suisse. Sa gestion de la crise de la pandémie l’a parfaitement illustré. Elle s’est basée sur les deux piliers de notre système politique: le fédéralisme et la démocratie directe.

Globalement, la Confédération s’en sort plutôt bien en comparaison internationale. Tant sur le plan sanitaire, économique que social. Tout n’a bien sûr pas été parfait: au pic de la crise, le fédéralisme a été un frein. Il est donc essentiel de le questionner et de le rendre plus souple. Autre réalité: la situation actuelle redevient inquiétante. En une semaine, le nombre de contaminations a doublé en raison de nombreux cas liés au variant Delta. Et surtout le taux de vaccination stagne. Il dépasse de peu les 50%, ce qui est insuffisant au vu des derniers développements.

Jamais en Suisse on ne verra pourtant Guy Parmelin au 19h30 haranguer le peuple et le sommer de se vacciner. Ce n’est absolument pas dans l’ADN helvétique. Ici, il faut tenir compte des différentes sensibilités cantonales, culturelles ou sociétales. L’injonction ne fonctionne pas. L’incitation a plus de chances d’aboutir, menée essentiellement par les autorités cantonales, plus proches de la population. Leur rôle est d’informer, d’expliquer, de rassurer et de convaincre le plus grand nombre que le retour à une vie normale passera par le vaccin et non par une multiplication de tests PCR.

Lire aussi: Antoine Flahault: «Avec un peu plus de 50% de sa population vaccinée, la Suisse est en situation d’assez grande vulnérabilité»

Eviter toute stigmatisation

Cette politique de conviction doit éviter toute stigmatisation des personnes sceptiques ou opposées à la vaccination. Leur questionnement et leurs inquiétudes doivent être entendus et respectés, sans arrogance. Là encore, le système politique helvétique le permet, grâce à la démocratie directe. Les Suisses ont voté une première fois en juin sur la loi covid et l’ont acceptée par 60% des votants. Un résultat assez serré qui illustre un pays divisé, en sachant que tous les avis peuvent s’exprimer, sans dresser des barricades dans les rues. Cette diversité d’opinions force les autorités à justifier, clarifier, débattre. Un débat d’ailleurs loin d’être terminé, puisqu’une deuxième votation aura lieu en novembre. Elle portera essentiellement sur le certificat vaccinal.

Lire également: Le président de la Suisse n’existe pas

La défiance qui augmente nécessite des réponses cohérentes et constructives. Exigera-t-elle un changement de ton? Marqué par la culture du consensus, le Conseil fédéral a pour l’heure évité de prendre des décisions extrêmes comme le confinement total ou une ouverture précipitée. Tout l’art de gouverner, encadré par la démocratie directe, sera encore plus requis si la situation devait continuer à s’aggraver.