L’UDC a subi une cuisante défaite dimanche. Pas au niveau suisse, bien sûr, puisque son initiative a passé avec quelque 52,9% des voix, mais dans le lointain canton de Saint-Gall. Lors d’une élection partielle au Conseil d’Etat, son candidat a piteusement échoué face à un démocrate-chrétien, sur un score sans appel: 60%-40%. Pour tous les adversaires du parti blochérien, ce résultat est le seul signe positif d’une journée de votation plutôt sombre.

Car face au bulldozer UDC, le paysage politique suisse ressemble à un champ de ruines. Le Parti socialiste est à terre, laminé par le rejet sans appel de son initiative fiscale, à qui les sondages annonçaient pourtant un score prometteur. Le centre droit est mortifié par l’échec du contre-projet sur le renvoi des criminels étrangers. Après le vote surprise sur les minarets, il y a un an, radicaux et démocrates-chrétiens s’étaient juré de faire barrage à l’UDC en lui opposant un texte allant dans son sens, mais plus modéré. Cette tactique n’a pas fonctionné non plus.

Le plus triste – toujours du point de vue des adversaires de l’UDC – est peut-être le spectacle offert dimanche par la gauche et le centre droit. On aurait pu les imaginer resserrant les rangs face au péril populiste. On les a vus au contraire s’invectiver, chaque camp rejetant sur l’autre la responsabilité de la victoire des démocrates du centre.

Et maintenant? Une échéance domine les préoccupations des états-majors: les élections fédérales du 23 octobre 2011. L’UDC, selon son vice-président Yvan Perrin, espère une progression de plusieurs points. Elle avait obtenu 29% des voix en 2007, elle vise désormais 33%, un tiers de l’électorat. Et les dirigeants des formations concurrentes admettent que le risque est grand de voir le premier parti de Suisse continuer à gagner du terrain.

La victoire d’hier était la meilleure entrée en matière possible pour l’UDC. Son score aurait pu être plus haut – ses adversaires craignaient que l’initiative n’atteigne 55% –, mais cette petite déception n’entame pas le moral des troupes. «Pour la motivation des militants, qui ont énormément travaillé, c’est une très bonne chose, dit Yvan Perrin. C’est toujours agréable de se retrouver dans le camp de ceux qui gagnent. C’est bon signe pour l’avenir.» A contrario, socialistes et centristes entament le marathon électoral de 2011 par une défaite.

Pas de quoi, en principe, nourrir de grandes ambitions pour l’avenir. Pourtant, toutes les formations gouvernementales rêvent de progresser. Mais il faudra, pour cela, satisfaire quelques exigences de base: «Une excellente campagne, des moyens, des personnalités fortes», résume le président démocrate-chrétien Christophe Darbellay. La barre est haute, à en juger par les campagnes médiocres menées par les socialistes et le centre droit durant cette votation: les premiers péchaient par manque de conviction, les seconds n’avaient pas d’argent. Et comparés à l’UDC, tous manquaient de militants prêts à s’investir sur le terrain.

Reste le paradoxe saint-gallois: on peut, le même jour, voter pour l’initiative de l’UDC (à 59,9%) et éliminer sans états d’âme son candidat au gouvernement. Comme si l’électeur avait deux cerveaux: l’un, émotionnel, approuve les propositions chocs du parti agrarien. L’autre, rationnel, envoie des représentants nettement plus modérés dans les exécutifs cantonaux, ou au parlement fédéral.

Cette dichotomie a été théorisée par Guido Weber, un conseiller en communication zurichois qui a mené plusieurs campagnes victorieuses contre l’UDC (libre circulation des personnes, Schengen, aide à l’Europe de l’Est). Pour gagner, expliquait-il la semaine dernière au Tages-Anzeiger, il faut s’adresser au cerveau rationnel de l’électeur, en empêchant l’UDC d’imposer ses thèmes (criminalité, étrangers, multiculturalisme, etc.). Ce sera l’enjeu central des élections fédérales de 2011.

Les experts pensent que l’UDC ne conquerra jamais plus de 40% de l’électorat. Mais une chose est sûre: il ne faut pas compter sur les vainqueurs de dimanche pour fixer eux-mêmes les limites de leur progression. Yvan Perrin a à ce propos une formule désarmante d’honnêteté: «Notre progression s’arrêtera le jour où nous aurons atteint 100% des voix. Ce jour-là, c’est sûr, on s’arrêtera.»