Cela faisait longtemps que les médias du service public n'avaient pas autant parlé d'eux-mêmes. Depuis quelques jours, les pontes de la SSR multiplient les interventions pour justifier la hausse de la redevance radio/TV sur laquelle le Conseil fédéral devra se prononcer en février prochain. Le directeur de la SSR Armin Walpen en personne, qui avait dans un premier temps refusé toute interview, a fini par sortir du bois. Dans la presse dominicale, il lance un avertissement aux Romands: sans augmentation significative de la redevance (la SSR réclame 6,5%), ceux-ci doivent s'attendre à une réduction de l'offre, a-t-il dit, en substance, au Matin dimanche. Un discours qui irrite des parlementaires. Jusqu'ici timides sur ce dossier, certains élus n'hésitent plus à accuser les responsables des médias du service public de faire du «chantage».

«Le ridicule va tuer la TSR»

Les choses se sont enflammées jeudi dernier avec un dossier paru dans L'Hebdo sur les coûts de production de la SSR. Le matin même, interrogé par les auditeurs de la Première, le patron de la radio romande Gérard Tschopp fustige le magazine, avant de se lancer dans un long plaidoyer en faveur d'une hausse de la redevance. Le même soir, invité sur le plateau du 19:30 de Darius Rochebin, le directeur de la TSR Gilles Marchand se livre à un exercice comparable. Il va jusqu'à divulguer les coûts d'une minute d'antenne pour des émissions telles que Classe éco, Infrarouge, Temps Présent, entre autres, corrigeant de quelques francs les chiffres publiés le jour même par L'Hebdo. Or, la chaîne avait refusé de révéler ces mêmes informations aux enquêteurs du magazine! Commentaire de Pierre Grosjean, codirecteur de Largeur.com, sur le site internet de l'agence de presse qui a réalisé l'article pour L'Hebdo: «Le ridicule va finir par tuer la TSR».

La plupart des parlementaires prenaient encore des gants la semaine dernière (LT des 17 et 18.11.2006), notamment à l'issue d'un entretien, vendredi, entre les présidents de parti et le Conseil fédéral sur le sujet. Ils se montrent aujourd'hui nettement plus critiques face à ce que le président du PDC Christophe Darbellay n'hésite plus à qualifier de «menaces bon marché de la direction vis-à-vis des Suisses romands». Il vise notamment les propos d'Armin Walpen. Le directeur de la SSR, qui a regretté «l'agressivité» des médias privés, a effectivement prévenu les Romands: «Ne jouez pas avec le feu.» A l'en croire, si les francophones s'opposent à l'augmentation de la redevance, les Alémaniques pourraient à terme remettre en question la répartition des moyens entre les régions. Et de rappeler que s'ils ne payaient que pour les médias d'outre-Sarine, leur redevance s'élèverait à 260 francs au lieu des 450 dont ils s'acquittent actuellement.

Un argument irrecevable aux yeux de Christophe Darbellay. «Bien sûr que les Alémaniques paient pour les Romands et les Tessinois. Mais c'est le fondement de l'Idée suisse dont se réclame la SSR.» Même son de cloche chez le socialiste neuchâtelois Didier Berberat. Lui dont le parti ne s'est jusqu'ici pas frontalement opposé à une hausse conséquente de la redevance, condamne sévèrement les propos d'Armin Walpen: «C'est du chantage! Or, il y a toujours eu consensus dans notre pays sur la péréquation des ressources du service public.»

Les radicaux sont nettement plus mesurés: «Il est normal que le débat ait lieu, dès lors que le sujet touche au pouvoir d'achat des gens, concède leur vice-président Léonard Bender. Et il s'agit de vérifier que les revendications de la SSR sont justifiées. Parce que la redevance est finalement comparable aux primes d'assurance maladie: elle est pour ainsi dire obligatoire.» Cela dit, le Valaisan juge «parfaitement normal que la SSR prêche pour sa paroisse».

De folles rumeurs

La discrétion du Parti radical a fait courir les rumeurs les plus folles parmi les parlementaires: «On entend même que la présidence du parti aurait passé un accord avec la SSR: les radicaux ne s'opposeraient pas à la hausse de la redevance. En contrepartie, ils auraient droit à un bon traitement de la part des médias du service public jusqu'aux élections fédérales de 2007», glisse un conseiller national. La réponse de Léonard Bender est cinglante: «C'est stupide! Grotesque! Cela revient à sous-entendre que nous appliquons un système mafieux. C'est une atteinte à notre honneur!»

Sur le fond, seuls deux partis affichent une position relativement claire. Fidèle à elle-même, l'UDC s'oppose fermement à une hausse de la redevance. Les démocrates du centre veulent au contraire une baisse des moyens accordés à la SSR. Sans aller aussi loin, le PDC de Christophe Darbellay juge lui aussi la SSR trop gourmande: «Je pourrais accepter que l'on tienne compte du renchérissement de ces deux dernières années, ce qui équivaudrait à une hausse d'un peu plus de 2%. Mais exiger 6,5%, c'est intolérable!»

A l'image de la hiérarchie du Parti socialiste, Didier Berberat ne milite pas d'emblée contre une augmentation, mais exige que les médias du service public fassent les bons choix: «Quand la TSR envoie un journaliste couvrir le mariage d'un scientologue à Rome comme ce fut le cas samedi (ndlr: pour les noces de Tom Cruise), c'est discutable.» Quant aux radicaux, selon les termes de Léonard Bender, ils s'en «remettent au Conseil fédéral»...