Quel contraste des deux côtés de la frontière! En Italie voisine, la Lombardie, la Vénétie, le Piémont et l’Emilie-Romagne – où se concentraient la majorité des 220 cas confirmés de coronavirus – ont pris des mesures draconiennes: fermeture d’écoles, de musées et des établissements publics à partir de 18h. Les étalages des centres commerciaux étaient vides à partir de dimanche déjà tant la population avait hâte d’accumuler les réserves de nourriture. Les pharmacies se sont rapidement trouvées à court de masques de protection et de désinfectant pour les mains.

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Pas de panique au Tessin

Du côté suisse de la frontière, le Tessin ne cède en revanche pas à la panique. A Lugano, la traditionnelle «risottata» offerte aux citoyens à l’occasion du carnaval a eu lieu comme prévu au centre-ville et le temps ensoleillé et chaud a attiré environ 5000 personnes qui ont mangé en plein air, au coude à coude. La seule mesure restrictive prise a été la fermeture, pour quelques jours, de l’Ecole américaine de Sorengo dans la banlieue de Lugano. Mais les rumeurs sont allées bon train. Selon l’une d’entre elles, Schindler à Locarno aurait renvoyé ses frontaliers, ce que l’entreprise a démenti. Elle s’est contentée de conseiller le télétravail si possible, et cela à tous ses employés.

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Le carnaval de Bellinzone, Rabadan, considéré comme le troisième plus important de Suisse après ceux de Bâle et de Lucerne, s’achèvera ce mardi. Il s’est déroulé jusqu’ici sans encombre, le cortège de dimanche ayant attiré 25 000 personnes. Contrairement à l’Italie voisine, aucune restriction ou fermeture n’a été adoptée par les autorités cantonales qui, dimanche dans un premier temps, ont simplement indiqué que «la situation était sous contrôle.»

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Groupe de coordination élargi

Un groupe de coordination élargi a cependant été mis sur pied et est prêt à intervenir à tout moment, a précisé le médecin cantonal Giorgio Merlani. La population a été appelée à prendre de simples mesures préventives comme le lavage des mains et, en cas de doute, elle a été invitée à s’adresser à son propre médecin, au médecin de garde ou au numéro d’urgence 144. Mais elle est priée de ne pas prendre d’assaut les urgences des hôpitaux.

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Giorgio Merlani a en outre indiqué lundi lors d’un point de presse que le Groupe de coordination cantonal opère déjà depuis plusieurs semaines, formé qu’il est d’une vingtaine de médecins et de spécialistes en contact permanent avec les autorités fédérales et italiennes. Il a appelé à ne pas dramatiser la situation: «Depuis vendredi, une série de cas se sont présentés en Lombardie, les cas se sont rapidement diffusés sans qu’il y ait eu clairement de liens avec la Chine ou de personnes venues de Chine, d’où la difficulté de cerner ce virus. Si des cas suspects devaient se révéler au Tessin, nous devons être prêts à faire des tests rapides en collaboration avec un laboratoire de Genève.»

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Pour l’heure, il n’y a toujours pas de cas de virus avéré, même si Giorgio Merlani a admis ne pas pouvoir exclure qu’il en survienne prochainement. «Dans ce cas de figure, nous l’annoncerons. Nous ne cacherons rien», a promis le médecin cantonal. Des restrictions de visites dans les hôpitaux et les maisons de retraite ont aussi été annoncées et un appel à la prudence générale et au bon sens a été lancé.

Une inquiétude croissante

Du côté de Berne, à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), on mesure le fossé qui peut séparer la réalité actuelle, rassurante, de la perception de cette réalité. L’inquiétude grandit, indéniablement. En un jour, les appels sur la hotline ont presque doublé, passant de 170 à 270 de samedi à dimanche.

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C’est la raison pour laquelle le ministre de la Santé, Alain Berset, a jugé utile de se déplacer en personne pour diriger le point de presse de l’OFSP. «Nous suivons la situation d’heure en heure et nous restons sereins», a-t-il souligné. A l’OFSP, le virus tient désormais constamment en alerte une quarantaine de personnes. Son directeur, Pascal Strupler, pilote une task force qui se réunit trois fois par semaine. Un état-major fédéral pour la protection de la population rassemble en outre les directeurs d’office concernés.

Après avoir siégé ce lundi matin, la task force de l’OFSP a annoncé des mesures supplémentaires. Les tests sur des personnes présentant des symptômes de type grippal seront intensifiés en Suisse, tandis que la ligne téléphonique d’urgence sera renforcée dans toutes les langues nationales. De plus, Berne lance une campagne d’information aux frontières et dans les aéroports à l’intention des voyageurs et des pendulaires.

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«Nous sommes bien préparés.» La Confédération travaille en étroite collaboration avec les cantons. Les hôpitaux, a-t-on assuré, disposent de suffisamment de lits pour accueillir des personnes en quarantaine. Pourtant, malgré ces mesures, on pressent chez les responsables du dossier à l’OFSP que l’arrivée des premiers cas n’est plus qu’une question de temps.

L’UDC récupère la crise

Les médias et les réseaux sociaux relaient de nombreux scénarios plus ou moins catastrophistes. A qui incombe la responsabilité d’annuler des manifestations sportives, politiques et même des messes? Faut-il envisager de fermer le tunnel du Gothard? Ce sera aux cantons d’intervenir, a précisé l’OFSP.

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Dans l’immédiat, un parti tente de récupérer la crise du coronavirus: l’UDC. Dans un communiqué signé du président, Albert Rösti, elle exige des «contrôles rigoureux aux frontières». Selon elle, les mesures communiquées par l’OFSP ne suffisent pas face au risque que représentent les 70 000 frontaliers en provenance d’Italie. «Les voyageurs entrant en Suisse doivent être soumis à des tests médicaux rapides et l’entrée en Suisse doit être refusée aux personnes malades.»

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Des mesures «irréalistes», selon la conseillère nationale et diabétologue Brigitte Crottaz (PS/VD). «C’est, d’une part, matériellement impossible et, d’autre part, la meilleure manière de favoriser la panique. La meilleure chose à faire est d’en appeler au bon sens des gens et de leur demander de rester à la maison en cas de symptômes du coronavirus tout en consultant un centre d’urgence de dépistage.»