«Si nous n'entreprenons rien, le déclin du canton est inéluctable.» Pour lutter contre la fatalité, le ministre Jean-François Roth et les autorités jurassiennes ont initié le projet «Pays ouvert», dont un des buts est de faire passer la population de 69 000 à 80 000 habitants d'ici à 2020.

L'objectif est ambitieux, car après un accroissement démographique de 64 700 résidants en 1979 à 69 260 en 1996, le Jura subit un tassement depuis un lustre: moins de 68 900 habitants en 1999. Si l'écart entre les naissances (entre 800 et 900 par année) et les décès (entre 600 et 700) est positif – «mais plus pour longtemps», avertit Philippe Kauffmann, chef de la statistique –, le solde des flux migratoires est défavorable. En moyenne, 1500 personnes quittent le Jura chaque année, et le nombre d'arrivées a chuté: de près de 2000 en 1991 à 1204 en 1999. Contrairement aux idées reçues, seules les Franches-Montagnes affichent un bilan migratoire positif ces dernières années.

Avant d'imaginer les mesures susceptibles d'inverser la tendance, les responsables de «Pays ouvert» ont analysé les flux. «Premier enseignement, qui infirme le sentiment d'un exode massif des jeunes: le nombre de départs est stable depuis dix ans, constate Yann Barth, coordinateur scientifique de «Pays ouvert». A l'inverse, l'immigration est conditionnée par la conjoncture économique.» L'étude révèle que la majorité des émigrants et immigrants est constituée de personnes sans formation ou ne possédant qu'un CFC. «Bonne nouvelle, les universitaires semblent moins nombreux à quitter le Jura depuis 1995, note Yann Barth. Après avoir offert une prime aux entreprises engageant des ingénieurs, une des mesures pourrait consister à soutenir l'engagement d'universitaires.»

Le rapport s'intéresse de près aux gens qui viennent s'établir. «Ce sont des personnes actives et des familles avec enfants, se réjouit le coordinateur de «Pays ouvert». L'âge moyen des immigrants est de 33 ans.» Ils sont le plus souvent sans profession, mécaniciens ou infirmières. Seuls 5% des immigrants sont ingénieurs ou universitaires. Ils proviennent à raison de 16% de France voisine, 10% du canton de Berne, 8% de Neuchâtel, 7% du Jura bernois et seulement 5% de Bâle, avec qui le Jura espère affermir les relations. Si la moitié des migrants s'établissent dans le district de Delémont, ils sont toujours plus nombreux à choisir les Franches-Montagnes, seul district jurassien à présenter un solde migratoire positif en 1999. «Le cliché qui assimile les Franches-Montagnes à un désert est démenti, commente Yann Barth. Le cadre naturel est un atout. Avec les techniques modernes de communication, il est possible d'habiter et de travailler aux Franches-Montagnes.»

L'étude met encore en évidence l'importance de la mobilité des travailleurs: 2800 Jurassiens (9% de la population active) vont chaque jour travailler hors du canton: un tiers dans le Jura bernois, un quart à Bâle, 13% à Neuchâtel et 9% à Berne. Dans le même temps, quelque 3000 frontaliers viennent gagner leur vie dans le Jura.