Libre circulation des personnes

Face à l’UDC, une vague d’ouverture

Une forte opposition se lève pour combattre l’initiative dite «de limitation» de l’UDC. Opération Libero lance elle aussi une collecte de 100 000 signatures

«Ils peuvent prendre nos vies, mais jamais notre liberté.» Cette scène culte du film Braveheart, relatant la vie du héros de l’indépendance écossaise William Wallace, a inspiré le mouvement citoyen Opération Libero pour sonner l’heure de la résistance à l’UDC et à son initiative dite «de limitation».

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C’est du jamais-vu dans l’histoire de la démocratie suisse! Le jour même du lancement de cette initiative, un mouvement citoyen, Opération Libero, répond du tac au tac par une autre collecte – en ligne cette fois – de 100 000 signatures. «Nous voulons nous opposer à ce hold-up de nos libertés», explique sa coprésidente, Flavia Kleiner. Celle-ci est certes reconnaissante à l’UDC de poser franchement la question de la libre circulation des personnes, mais ce parti le fait en occultant les vraies conséquences de son initiative: «L’UDC ne parle pas de la clause guillotine, qui rendra automatiquement caducs les six autres accords du paquet des bilatérales I», déplore-t-elle.

Action symbolique forte

L’action est symbolique. Elle ne réclame rien, mais elle lance un signal fort, note le politologue Nenad Stojanovic: «C’est une action de protestation contre l’abus des droits populaires par l’UDC.» Lorsque le parlement avait approuvé «la préférence indigène light» en décembre 2016 pour mettre en œuvre sa première initiative «Contre l’immigration de masse», le groupe UDC avait crié à la «violation de la Constitution» et avait promis de réagir. «Mais sa priorité est d’exploiter ce thème dans la perspective des élections fédérales de 2019», ajoute Nenad Stojanovic.

Rarement une initiative aura rencontré pareille opposition le jour de son lancement. A l’exception notoire du PLR, les autres partis ont tous réagi: «L’UDC est prête à enterrer l’ensemble des accords bilatéraux et à affaiblir la place économique et scientifique suisse face à la concurrence européenne», déplore le PDC. Le PS insiste quant à lui sur la protection des travailleurs: «Non seulement l’initiative provoquerait la mort des accords bilatéraux, mais elle supprimerait aussi les mesures d’accompagnement qui assurent des salaires décents.» Pour la conseillère nationale verte Adèle Thorens, l’UDC tombe le masque. «Tout comme Donald Trump aux Etats-Unis, elle affirme une vision isolationniste de la Suisse en tenant un discours de rupture assumée avec la voie bilatérale. C’est consternant.»

La «négation d’une valeur humaniste»

Ces forces de l’ouverture, pour une fois très unies face à la confiscation du dossier européen par l’UDC, laissent entrevoir un débat très ouvert. Selon Emilia Pasquier, directrice de Foraus – laboratoire d’idées sur la politique étrangère –, cette initiative de l’UDC pourrait être celle de trop. D’abord parce qu’elle demande à la Suisse de négocier durant un an avec l’UE (une démarche dont on sait qu’elle est vouée à l’échec), mais aussi parce qu’elle tombe au moment où l’immigration européenne – 30 000 personnes en 2017 – est retombée en Suisse au niveau de 2002.

Pour François Cherix, coprésident du Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes), cette initiative est à la fois «europhobe et liberticide». «Elle casse l’idée que la libre circulation des personnes est aussi une valeur humaniste qui va au-delà de la question européenne. Cette initiative est régressive, car elle veut en revenir à des citoyens soumis aux frontières et à des étrangers contingentés.»


Le franc-tireur qui critique l'UDC

Licencié par la section lucernoise, Richard Koller estime que «l'initiative de limitation» n'est qu'«électoraliste» et qu'elle n'aura aucun effet sur la politique suisse

Une nouvelle initiative, intitulée «Priorité aux travailleurs en Suisse», s’en prend à l’accord sur la libre circulation des personnes, lancée par l’ex-secrétaire général de l’UDC lucernoise Richard Koller. Six mois après son lancement, le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. «Nous avons récolté quelque 20 000 signatures, nous sommes en retard», admet le franc-tireur. Licencié par la section lucernoise, mais toujours président de l’UDC de Beromünster, Richard Koller critique vivement la démarche de l’UDC et de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN).

«Ce n’est que de la propagande pour permettre à l’UDC de se profiler dans la campagne des élections fédérales de 2019», regrette-t-il. Selon lui, l’«initiative de limitation» n’aura aucun effet sur la politique d’immigration en Suisse, même si elle est acceptée par le peuple et que le Conseil fédéral résilie par la suite l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE. «Il est probable que le parlement chercherait à nouveau une mise en œuvre eurocompatible», estime encore Richard Koller.

Lutter contre le chômage

Ce consultant indépendant de 58 ans a pris de vitesse son propre parti lorsque les Chambres, le 16 décembre 2016, ont accepté le principe de la «préférence indigène light» pour mettre en application l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», approuvée par le peuple en février 2014. «Le monde politique a failli dans ce dossier, ne prenant pas en compte les peurs des citoyens qui, dès l’âge de 40 ans, sentent leur travail menacé par la libre circulation des personnes.»

Contrairement à l’initiative de l’UDC et de l’ASIN, le texte de Richard Koller vise d’abord à lutter contre le chômage. A partir du moment où le taux de sans-emploi dépasse 3,2%, les autorités devraient restreindre l’immigration. Quant aux entreprises, elles seraient contraintes d'engager du personnel habitant en Suisse, qu’il dispose ou non du passeport à croix blanche. Une exception est toutefois faite pour des spécialistes dont le revenu net dépasse 110 000 francs par an.

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