Le Conseil fédéral a montré mercredi qu'il prend au sérieux la poussée des mouvements d'extrême droite et la tendance à l'augmentation des actes de violence. Le collège gouvernemental a procédé à une évaluation de la situation et, tout en exprimant sa préoccupation, il a fait part de sa détermination à utiliser l'intégralité de sa marge de manœuvre politique et juridique pour combattre ces mouvements, de concert avec les cantons et les communes. Ruth Metzler a également invité l'ensemble de la société civile à se mobiliser, pour identifier les causes de l'extrémisme et le combattre.

Fin du malaise

Le communiqué publié mercredi par le Département de justice et police, comme les déclarations de Ruth Metzler à l'issue de la séance du Conseil fédéral mettent un terme à un malaise qui durait depuis le 1er août. L'absence de réactions officielles aux provocations des néo-nazis sur la prairie du Grütli, la mise en évidence d'un net regain des activités de divers mouvements actifs sur la scène de l'extrême droite et leur radicalisation, de même que l'actualité prise par la question en Allemagne voisine rendaient nécessaire une prompte réaction du Conseil fédéral. En empoignant cette problématique dès sa première séance de la rentrée, il a montré qu'il était à la fois conscient des risques et sensible aux attentes de l'opinion.

La révélation, lundi, de la saisie, en mai dernier, d'un stock d'armes et d'explosifs chez des skinheads de la banlieue bernoise est venue opportunément démontrer que les autorités fédérales surveillaient de près la scène de l'extrême droite, avant que l'actualité n'attire sur elle l'attention de l'opinion publique. «Nous ne sommes pas vigilants uniquement depuis le 1er août, nous l'étions déjà avant, et du bon travail a déjà été effectué par les cantons et la police fédérale pour identifier les risques», a déclaré mercredi Ruth Metzler. La mise en évidence d'une activité de prévention et de répression organisée dans la continuité a permis au Conseil fédéral de s'en tenir, mercredi, à des déclarations d'intentions et d'éviter d'annoncer d'ores et déjà des mesures concrètes, qui auraient été prises dans le feu de l'émotion et sous la pression de l'opinion.

Groupe de travail

Les bases légales sont-elles suffisantes? Faut-il mettre plus de moyens dans la lutte contre l'extrémisme? C'est une des questions auxquelles Ruth Metzler attend une réponse, avant de compléter au besoin la législation contre le racisme, comme le demandaient certains au lendemain des événements du 1er août. Le Conseil fédéral ne s'est pas prononcé sur la question mercredi et l'abordera au cours de la session d'automne avec la délégation de la commission de gestion des Chambres fédérales qui s'occupe de la sécurité intérieure. Un groupe de travail présidé par le chef de la police fédérale, Urs von Daeniken, doit par ailleurs présenter des solutions concrètes d'ici à la mi-septembre.

La répression policière, relève Urs von Daeniken, n'est toutefois que le stade ultime de l'intervention. La police ne peut pas combattre les idées. Tous les moyens de prévention doivent être mis en œuvre pour éviter que la jeunesse se laisse entraîner par les idéologies d'extrême droite. Le Conseil fédéral a voulu donner mercredi un signal politique indiquant que la lutte contre l'extrémisme est l'affaire de tous. Ruth Metzler appelle les partis, les églises, les syndicats, les médias, les milieux économiques et les associations diverses à une prise de conscience. C'est plus particulièrement à la famille, à l'école et aux institutions à l'écoute des jeunes d'être vigilants, de repérer les signes qui indiqueraient une attirance pour ces mouvements et d'intervenir à temps en cherchant le dialogue. Au chapitre de la prévention, le Conseil fédéral entend placer les cantons et les communes devant leurs responsabilités. C'est à eux qu'il incombera de fournir le soutien éducatif et logistique nécessaire à la prévention.

L'évolution de la situation en Allemagne suffit à justifier l'appel à une large prise de conscience. Concrètement, elle inquiète la police fédérale. Les partis d'extrême droite pourraient trouver en Suisse une base de repli au cas où ils seraient interdits dans leur pays. Par ailleurs, le différentiel organisationnel entre la scène extrémiste des deux pays rend la Suisse vulnérable aux influences étrangères. Fractionnés, implantés localement, sans mouvement ni leader au niveau national, les néonazis suisses pourraient voir leur potentiel de nuisance considérablement augmenté par une aide extérieure.