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Un débat très animé sur «No Billag» à Lucerne, le 17 janvier 2018.
© ALEXANDRA WEY/KEYSTONE

Débat

Face à «No Billag» en Suisse alémanique, Gilles Marchand tient le choc

A Lucerne, canton qui avait exprimé sa défiance envers la SSR en 2015, les opposants à l’initiative sont apparus plus convaincants que leurs adversaires

C’était un débat très attendu que celui organisé ce mardi 17 janvier à Lucerne par le quotidien Blick sur l’initiative «No Billag». Les partisans de cette dernière Olivier Kessler, membre du comité d’initiative, et Lukas Reimann (UDC/SG) affrontaient la ministre de la Communication, Doris Leuthard, et le nouveau patron de la SSR, Gilles Marchand. Au final, il n’y a pas vraiment eu photo: les opposants à l’initiative l’ont emporté, sur le plan du contenu comme à l’applaudimètre.

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Lors de la votation du 4 mars prochain, le résultat du canton de Lucerne sera très observé. Le 14 juin 2015, ses habitants avaient rejeté à 50,2% la perception de la nouvelle redevance radio-TV, participant ainsi au mouvement de mauvaise humeur face à une SSR devenue trop «puissante et arrogante». Il était donc d’autant plus intéressant de prendre la température dans ce «swing state», qui peut basculer dans un camp comme dans l’autre.

Dialogue de sourds

Souvent, le débat a tourné au dialogue de sourds. D’un côté, des initiants qui ont évolué au fil des mois dans leur discours. D’abord très critiques par rapport à un service public perçu en Suisse alémanique comme un «nid de gauchistes», ils considèrent désormais cette entreprise comme «une marque grandiose» qui n’aurait aucun problème à survivre avec un budget réduit.

Pour Gilles Marchand, ce débat tenait du baptême du feu: c’était une des premières fois qu’il s’exprimait en allemand en public

De l’autre côté, des opposants à l’initiative qui regrettent «l’extrémisme» d’une proposition qui ne laissera aucune marge de manœuvre lorsqu’il faudra l’appliquer. «Son texte interdit tout subventionnement du service public par l’Etat. En cas de oui, nous ne pourrons pas jouer avec la Constitution. La SSR devrait être liquidée», souligne une Doris Leuthard très en verve, plusieurs fois applaudie.

Lire également: De «jeunes libéraux et progressistes» se dressent face aux «jeunes libertaires» de «No Billag»

Pour Gilles Marchand, ce débat tenait du baptême du feu: c’était une des premières fois qu’il s’exprimait en allemand en public, cela dans un contexte très émotionnel. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a beaucoup progressé dans la langue de Goethe, même s’il est encore emprunté lorsqu’il souhaite approfondir une idée.

Notre interview: Gilles Marchand: «Peut-être que nous n’avons pas assez dialogué avec la société»

Attaques personnelles

Le défi n’était pas facile à relever dans la mesure où il a dû contrer quelques féroces attaques personnelles: «Monsieur Marchand, vous gagnez plus qu’un conseiller fédéral et vous refusez d’élaborer un plan B face à notre initiative. Ce n’est pas professionnel», a ainsi lancé Olivier Kessler. Le patron de la SSR a encaissé sans broncher: «Le scénario que vous imaginez avec une SSR financée uniquement par de la publicité est irréaliste», a-t-il rétorqué. En revanche, il s’est posé en réformateur de l’entreprise si le peuple rejetait l’initiative. «Nous devrons tout d’abord nous atteler à un programme d’économies de 100 millions. Ce n’est pas rien. Ensuite, nous allons évoluer vers une SSR davantage axée sur une offre digitale orientée vers une consommation plus individualisée de ses contenus.»

J’ai l’impression que les gens se rendent peu à peu compte qu’il n’y a pas d’alternative à la SSR

Doris Leuthard

Les partisans de «No Billag» sont restés sceptiques. «Gilles Marchand est un homme calme et poli. Mais il ne révèle rien de concret sur le plan B», regrettait Olivier Kessler au terme du débat. Lukas Reimann abondait dans ce sens: «Le patron de la SSR fait certes des progrès en allemand, mais il ne dit toujours pas où il veut économiser à l’avenir. Lorsque nous lui demandons s’il faut vraiment 1000 personnes pour faire des programmes pour le Tessin, il ne répond pas.»

Lire aussi: Face à «No Billag», un curieux plan B pour l’information régionale

Il est vrai que Gilles Marchand a paru emprunté sur cette question. «C’est une question très zurichoise. Rien n’est parfait, nous faisons de notre mieux», a-t-il éludé. Mais dans l’ensemble, il a bien tenu le choc. «Il est compétent. Il est en tout cas plus crédible que les partisans de l’initiative», confiait un étudiant, résumant l’avis d’une majorité du public. Quant à Doris Leuthard, elle préférait ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. «La votation n’est pas gagnée, il faut rester vigilant. Mais j’ai l’impression que les gens se rendent peu à peu compte qu’il n’y a pas d’alternative à la SSR.»


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