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Face à «No Billag», un Röstigraben au sein des éditeurs

Alors que les Romands rejettent l’initiative «No Billag», les Alémaniques estiment que son approbation «ne serait pas une catastrophe»

Le contraste était frappant en ce début de semaine. Lundi, l’association romande des éditeurs, Médias Suisses, accordait un «soutien sous conditions» à la SSR au seuil de la campagne de votation sur l’initiative «No Billag». Mardi, l’association alémanique Schweizer Medien se montrait beaucoup plus critique envers le service public de l’audiovisuel, jugé «trop grand et trop dominant». «Nous ne donnerons probablement pas de consignes de vote sur l’initiative», confiait son vice-président, Peter Wanner.

L’initiative «No Billag», qui exige la suppression de la redevance radio-TV, provoque un profond Röstigraben entre les Suisses romande et alémanique, l’un de ces fossés vertigineux comme on n’en avait plus connus ces dernières années. Alors que la RTS fait presque l’unanimité de ce côté-ci de la Sarine, la radio et la TV alémaniques sont politiquement beaucoup plus contestées, même si les audiences qu’elles conquièrent sont presque identiques.


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Un soutien romand à la SSR, pour autant qu’elle quitte la régie publicitaire

Pas étonnant que ce clivage se reflète dans les positions des éditeurs. Formellement, les Romands n’ont pas donné de consigne de vote, mais ils ont multiplié les signaux de soutien à la SSR, reconnaissant que celle-ci remplit sa mission «essentielle» de service public par des «prestations de qualité». «No Billag» est une mauvaise initiative qui pose de bonnes questions, comme celle de la cohabitation entre le service public et les médias privés. Mais elle n’apporte aucune réponse», déclare Christine Gabella, secrétaire générale de Médias Suisses. «Par son approche de la terre brûlée, «No Billag» fait fausse route­.» La disparition de la SSR affaiblirait considérablement le paysage médiatique suisse, en particulier dans les régions périphériques.

Dans ces conditions, les éditeurs romands préfèrent exercer une «pression constructive» sur la SSR. Ils exigent d’elle qu’elle quitte la régie publicitaire Admeira créée en 2016 avec Swisscom et le groupe Ringier et qu’elle renonce à la publicité sur Internet et à la publicité ciblée. Les éditeurs craignent en particulier que la SSR n’exploite les données de géolocalisation de Swisscom pour faire concurrence aux médias régionaux, dont la survie dépend du maintien de leurs recettes publicitaires.

Les Alémaniques, eux, sont encore remontés

Côté alémanique, l’association Schweizer Medien est encore très remontée contre la SSR, malgré l’arrivée de ses nouveaux dirigeants, le président Jean-Michel Cina et le directeur Gilles Marchand. Son vice-président, Peter Wanner, a rappelé qu’il était favorable à un redimensionnement du service public selon le principe de subsidiarité: «Tout ce que le marché peut faire, la SSR ne doit pas le faire.» Une position très dure qui montre que les éditeurs alémaniques, toujours très fâchés par la création d’Admeira, ne sont pas prêts à se satisfaire des premiers gestes d’apaisement de la SSR, qui leur propose de partager gratuitement certains contenus.

«Pas une catastrophe»

Peter Wanner l’a dit sans ambages: «L’approbation de «No Billag» par le peuple ne serait pas une catastrophe pour la SSR. Nous ne croyons pas que la SSR va disparaître, dans la mesure où au moins un tiers des ménages continueraient à payer volontairement pour les contenus du service public.» Il estime que la SSR pourrait encore disposer d’un budget de 1 milliard par an, au lieu de 1,6 milliard actuellement.

C’est un fait, que les éditeurs reconnaissent à l’heure de l’apéro. Le style plus souple de Gilles Marchand passe mieux que celui de son prédécesseur Roger de Weck auprès d’eux. Mais ils attendent désormais des concessions concrètes de la SSR dans le dossier d’Admeira. La grande réconciliation n’est pas encore pour demain.

Dossier
La controverse «No Billag»

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