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La Suisse renonce à sanctionner la Russie après l'affaire Skripal, au contraire des Etats-Unis, où 60 diplomates russes seront expulsés.
© SHAWN THEW/EPA

Diplomatie

Face à la Russie, la Suisse entre prudence et impuissance

A la suite de l'affaire Skripal, la Suisse n’expulsera pas de diplomates russes avant les conclusions de l’enquête. Les élus saluent cette prudence, non sans ressentir parfois un profond malaise

La Suisse ne se solidarisera pas avec les Etats-Unis et 17 pays de l’UE en renvoyant des diplomates russes dans la précipitation. Elle joue la prudence dans l’affaire d’empoisonnement de l’agent double Sergueï Skripal (66 ans) et de sa fille Ioulia (33 ans), qui se trouvent toujours hospitalisés dans un état critique à Salisbury. Ils ont été exposés au Novitchok, un agent chimique innervant développé par l’Union soviétique dans les années 1970. De forts soupçons qui ont poussé les Etats-Unis et les plus importants membres de l’UE à renvoyer une bonne centaine de diplomates russes.

Dans l’immédiat, la Suisse ne s’associera pas à une telle action. Le DFAE a diffusé un communiqué plutôt alambiqué. Dans un premier temps, la Suisse condamne le crime, rappelant que toute utilisation d’arme chimique contrevient aux droits humains et est interdite. Ensuite, la Confédération s’inquiète de l’emploi d’un gaz aussi dangereux que le Novitchok et réclame une enquête au terme de laquelle les responsables devront être jugés. Mais malgré l’existence d’un faisceau d’indices accusant la Russie, la Suisse préfère attendre que des preuves formelles soient établies.

La Suisse préfère la désescalade

Cette attitude prudente est saluée par tous les parlementaires membres de la Commission de politique extérieure (CPE), de l’UDC au PS. «C’est une très bonne réaction», approuve Roland Rino Büchel (UDC/SG). «Une décision sage», abonde Laurent Wehrli (PLR/VD), qui ajoute: «La Suisse neutre et des bons offices doit s’abstenir de préjuger en l’absence de preuves formelles.»

L’action de la Suisse s’est toujours inscrite dans un esprit de désescalade. Or, l’expulsion de diplomates étrangers va dans le sens contraire, notent de nombreux parlementaires, qui s’interrogent sur les arrière-pensées qui ont conduit aux mesures décidées par les Etats-Unis et l’UE. Présent hier à Londres pour une séance de commission du Conseil de l’Europe, Roland Rino Büchel trouve la solidarité européenne un brin suspecte: «J’ai eu l’impression que les Européens tentaient d’amadouer la Grande-Bretagne pour qu’elle revienne sur sa décision de quitter l’UE.»

Pas d’expulsion spectaculaire

Cela dit, plusieurs élus ne cachent pas le malaise qu’ils éprouvent vis-à-vis de la Russie. «En matière d’espionnage, on évolue toujours dans une zone grise», relève Kathy Riklin (PDC/ZH) non sans cacher un sentiment d’impuissance. Bien qu’il comprenne la réaction suisse, Carlo Sommaruga (PS/GE) s’agace aussi des provocations russes: «Ce pays s’inscrit clairement dans une volonté de déstabilisation des pays à démocratie libérale.»

Plutôt que de surréagir, le Genevois préférerait que la Suisse marque plus clairement ses distances par rapport au Kremlin. «Il faut mettre fin aux actes d’amitié symbolique, comme celui qu’a constitué le récent accueil du président de la Douma russe Viatcheslav Volodine à Berne, et jouer notre rôle de médiateur à l’ONU et à l’OSCE», souligne-t-il.

«Armada d’officiers de services de renseignement opérant en Suisse»

C’est sûr: l’expulsion spectaculaire de diplomates n’est pas dans la tradition suisse, même lorsqu’il s’agit d’espions. La dernière expulsion recensée, en 1993, est celle d’un ambassadeur turc dont le personnel avait ouvert le feu à Berne sur des manifestants kurdes.

Dans son dernier rapport de gestion paru il y a trois semaines, le Conseil fédéral s’inquiète de l’existence d’une «armada d’officiers de services de renseignement qui opèrent sous la couverture de leur statut diplomatique en Suisse». Selon le Service de renseignement de la Confédération (SRC), une ambassade emploierait au moins un quart de ses effectifs à des activités d’espionnage. Mais il se garde bien de désigner ce pays qui, selon plusieurs sources diplomatiques, ne peut être que les Etats-Unis, la Chine ou la Russie. Côté suisse, on affirme que «le Ministère public fait son travail en cas de nécessité, en étroite collaboration avec le DFAE». Mais en toute discrétion, sans jamais communiquer une telle mesure.

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