Le virus se propage si vite que les autorités peinent à tenir leurs statistiques à jour. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a annoncé près de 2650 cas en Suisse mardi. Mais depuis peu, elle ne présente plus de données précises sur les personnes touchées, suscitant des interrogations. «Nous n’avons pas l’intention de dissimuler quoi que ce soit, nous publierons les chiffres détaillés aussi rapidement que possible», a précisé Daniel Koch, responsable de la division des maladies transmissibles de l’OFSP.

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Mardi, le site de l’OFSP indiquait toujours 14 morts alors qu’un rapport sur la situation épidémiologique en dénombrait 19 et Keystone en recensait 26. Pourquoi ces écarts, source de confusion? La Confédération actualise les données chaque jour en milieu de journée, sur la base des informations transmises par les cantons le matin. Ces chiffres évoluent rapidement, d’où le décalage, explique l’OFSP. Selon Daniel Koch, le fait que les autorités aient des difficultés à mettre à jour les données reflète l’évolution rapide de la situation: «Ce n’est que le début de la vague, le nombre de cas va augmenter et nous devons tout faire pour l’aplanir et éviter une surcharge des hôpitaux.» L’OFSP ne livre pas non plus d’informations sur le nombre de personnes en réanimation et les capacités hospitalières, contrairement à d’autres pays: «Nous ne disposons pas encore de ces données, mais ça va venir», précise-t-on à Berne.

Tests: disparités cantonales

Quant aux tests, Berne affirme être au maximum de sa capacité et rejette les critiques selon lesquelles la Confédération n’effectue pas assez de diagnostics, considérés par les experts comme indispensables pour circonscrire la propagation de l’épidémie. Seules les personnes à risque, avec des symptômes graves, ou le personnel soignant sont dépistées. Malgré cela, la Suisse se situe parmi les pays effectuant le plus de tests avec plus de 2000 par jour, affirment les autorités.

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Sur Twitter, Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève, documente chaque jour la progression du Covid-19 dans plusieurs pays dont la Suisse. «Les chiffres sont sujets à de grandes variations d’un jour à l’autre, parce que nous sommes en phase de croissance exponentielle, mais aussi en fonction des méthodes de mesure ou de recueil des données», souligne-t-il.

Doublement du nombre de cas tous les trois jours

En Suisse, le mathématicien relève toutefois depuis plusieurs jours une augmentation rapide du nombre de cas, d’un facteur 1,7 tous les deux jours – soit un doublement tous les trois jours. Mais une mortalité basse, en comparaison internationale: de 0,8 à 1%. Il avance deux explications plausibles, liées l’une à l’autre: «La Suisse a une politique quasiment aussi active de dépistage que la Corée du Sud en nombre de tests pratiqués rapportés au nombre d’habitants. Elle dépiste donc sans doute davantage de cas peu sévères, voire asymptomatiques, qu’elle ne le prétend. Probablement de nombreux jeunes aussi, dont on sait que la mortalité est faible.»

Une trentaine de laboratoires réalisent des diagnostics dans le pays. Mais, en l’absence de stratégie nationale unifiée, certains cantons ont pris les devants pour accélérer le tempo. Berne a annoncé hier l’ouverture prochaine d’un centre de tests rapides en périphérie de la ville, qui livrera des résultats en vingt-quatre heures. Ce dispositif destiné aux «personnes présentant des symptômes clairs, à savoir toux et fièvre», doit permettre de «détecter précocement les foyers d’infection» et mettre en place «des mesures de quarantaine ciblées». D’autres centres du genre ouvriront à Thoune et à Bienne. Le canton de Bâle-Campagne a mis en place de son côté des équipes mobiles pour effectuer des tests à domicile de personnes soupçonnées d’être infectées.

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