Prévention

«Avec Facebook, le harcèlement du jeune se poursuit à la maison»

Dans sa lutte contre le harcèlement scolaire, le canton de Vaud a nommé à la rentrée scolaire 2015 un responsable prévention en la personne de Basile Perret, 32 ans. Diplômé de sciences politiques et enseignant, il provient de la Haute Ecole de Travail Social de Genève.

Le gouvernement vaudois a observé sur dix ans l’évolution des comportements déviants des jeunes de quinze ans en milieu scolaire. Si la violence et les délits ont significativement baissé, le harcèlement entre pairs est resté constant. L’Etat de Vaud a donc lancé un plan d’action en treize mesures et nommé Basile Perret, un chef de projet pour prévenir les dérives.

Le Temps: Comment distinguer le harcèlement d’une autre sorte de violence?

Basile Perret: Le caractère régulier et sur le long terme d’attaques physiques ou verbales ou digitales constitue le trait principal du harcèlement. Il concerne 16% des jeunes, qu’ils soient auteurs, victimes ou les deux.

– Jusqu’où peuvent aller les conséquences?

– Echecs scolaires, problèmes psychosomatiques, dépression, perte de l’estime de soi. Les séquelles peuvent être graves et durables. Entre jeunes, les conflits existeront toujours et ils jouent un rôle dans leur développement social et émotionnel. Mais ce qui est nocif, c’est l’acharnement constant contre une même personne.

– Le problème n’est pas nouveau mais il semble accentué par les réseaux sociaux.

– Le cyber-harcèlement est le prolongement du harcèlement traditionnel, ou face à face. Les agressions qui se font en milieu scolaire se répètent sur Facebook ou sur des groupes WhatsApp par les mêmes auteurs et les mêmes victimes. Par ses preuves écrites, il permet de rendre visible les insultes et agressions de couloirs. Ces traces écrites poursuivent également l’élève s’il tente de changer d’établissement. Nous avons eu vent d’un cas où un jeune a déménagé sur un autre continent et en arrivant dans sa nouvelle école, les commentaires dégradants à son égard l’avaient précédé.

– Est-ce le rôle de l’école d’intervenir dans ce qu’il se passe sur la toile?

– La frontière entre la sphère privée et scolaire est fragilisée par les réseaux sociaux. Souvent, les professeurs doivent reprendre pendant le cours des affrontements qui se sont produits le soir sur internet et qui détériorent le climat de la classe. Suivant la gravité des faits, des mesures et des sanctions sont prises, parfois même en justice.

– Quel sera votre rôle?

– Le harcèlement profite du silence, il prospère s’il y a du cloisonnement. Les mesures d’actions visent donc à améliorer la communication entre les différents acteurs: élèves, professeurs, parents, médiateurs, psychologues scolaires, directeurs. Mon rôle en tant que chef de projet dans la prévention des violences est d’accompagner et appuyer les professionnels du terrain et de réfléchir avec eux afin de développer l’expertise collective.

– Concrètement, que faut-il faire en classe pour lutter contre le harcèlement?

– Il faut bien comprendre que ce n’est pas une intervention unique qui améliorera la situation. Il est important que les actions s’inscrivent dans la durée et fassent sens pour les élèves. Il est souhaitable que l’enseignant puisse en reparler avec sa classe. Si nous ne pouvons interdire aux jeunes l’accès aux réseaux sociaux, nous devons encadrer son usage et les informer des dangers. Sensibiliser aussi les élèves au rôle du témoin, car le harcèlement est une relation à trois. Le tiers qui assiste aux agressions doit pouvoir parler plus facilement.

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