Selon le programme, le chantier de la branche Est du TGV Rhin-Rhône devrait démarrer en juin 2006 et les premières rames circuler en 2011. La Suisse vient d'accepter au début du mois de mars de verser une contribution de 100 millions de francs (65 millions d'euros) pour la réalisation de cet ouvrage, tandis que les acquisitions foncières sur le tracé entre Mulhouse et Dijon commenceront ces jours-ci. Pourtant, les collectivités locales qui cofinanceront la ligne ferroviaire sont très inquiètes: le coût de la ligne a pris l'ascenseur, la convention de financement n'est toujours pas signée et, selon elles, l'Etat français tente de revoir sa participation à la baisse.

C'est Raymond Forni, le président de la région Franche-Comté, qui le premier a tiré la sonnette d'alarme. Lors d'une réunion avec Réseau ferré de France (RFF), chargé de construire l'infrastructure longue de 140 km, il a appris que la réalisation de l'ouvrage coûterait 2,4 milliards d'euros: «Or, initialement, en 1998, le prix de la liaison avait été évalué à 1,3 milliard d'euros», s'est plaint l'ancien président socialiste de l'Assemblée nationale.

Mais d'après RFF, l'augmentation du budget n'a rien de surprenant. Une réactualisation en euros de l'estimation de 1998 et une hausse de l'indice des travaux publics et du cours de l'acier expliqueraient cette variation.

Désengagement de l'Etat?

En plus de la facture qui explose, les collectivités locales réunies au sein de l'Association TGV Rhin-Rhône soupçonnent un désengagement partiel de l'Etat sur le plan financier. «En prenant exemple sur le montage financier du TGV Est, il était convenu que l'Etat paierait la moitié de l'ouvrage et les autres collectivités le reste», explique Jean-Marie Bockel, le président de l'association et maire de Mulhouse. «Mais à une année du lancement des travaux, alors que les régions et la Suisse ont pris position, poursuit-il, on est en train de comprendre que l'Etat ne veut pas s'engager à couvrir la moitié des frais.» Là encore, les trois régions concernées (Alsace, Franche-Comté et Bourgogne) pourraient être amenées à fournir une rallonge financière.

Pour le Ministère français des transports, le montage financier du TGV Est est l'exception qu'il ne faut pas répéter. Selon la règle qu'il entend appliquer, l'Etat supporterait à parts égales avec les régions le coût des travaux, déduction faite des apports de RFF, de la Suisse et de l'Union européenne, qui pourrait payer 10% de la facture totale. Avec cette clé de répartition, rien que pour la Franche-Comté la note risquerait d'atteindre 400 millions d'euros, soit l'équivalent du budget annuel de la région. C'est une pilule amère à avaler pour le socialiste Raymond Forni, d'autant plus que la participation de la Franche-Comté au TGV Rhin-Rhône a été négociée par son prédécesseur UMP.

«Nous allons certainement devoir chercher de nouveaux apports financiers auprès de la région Rhône-Alpes et de partenaires privés», estime Jean-Marie Bockel. La Suisse, qui avait déjà revu à la baisse sa participation – 100 millions de francs au lieu des 125 millions évoqués dans un premier temps –, ne devrait plus être sollicitée. La contribution helvétique sera versée de manière échelonnée tout au long des travaux.

Les partenaires français doivent s'entendre d'ici à l'automne pour fixer la clé de répartition, au risque de provoquer des retards sur la construction de cette ligne, qui doit permettre aux Bâlois de gagner 1 h 55 en allant vers Paris.