«Penser à un concept d'université suisse». C'est la leçon que tire le chercheur Denis Duboule des quatre ans d'existence de son pôle de recherche national en génétique. Piloté par l'Université de Genève, mêlant 24 laboratoires, employant 45 personnes, ce réseau pourrait donner lieu à une structure permanente, qui gérerait la recherche ainsi que les contacts avec les entreprises de biotechnologies pour l'ensemble de la région lémanique. Et pourquoi pas, à l'échelle nationale?

Un tel réseau est une chance pour la Faculté des sciences de Genève, qui fait face aux puissantes écoles polytechniques. Entre universités et EPF, les tensions ne manquent pas (LT du 3.02.06). Réunis à Genève vendredi, plusieurs responsables académiques ont voulu se rassurer: les crispations n'empêchent pas les centres de recherche de travailler ensemble. Nouveau président de l'EPFZ, Ernst Hafen met ainsi tous ses espoirs dans «System X», un réseau de recherche qui regroupe aussi l'Université de Zurich ainsi que celle de Bâle. De nombreux chercheurs et sept domaines d'études sont ainsi reliés afin de mieux comprendre les gènes humains. Là aussi, l'ambition se pose au niveau du pays: «Nous avons une occasion unique de lancer une initiative nationale, qui profiterait de la qualité des chercheurs et de la petitesse du pays.» L'appel aux Lémaniques est lancé. De Genève à Zurich, les scientifiques font ainsi penser à ces amants qui courent l'un vers l'autre, sans que l'on sache très bien s'ils finiront par s'enlacer ou se frôler d'u+n souffle.

«Coopération volontariste»

Car l'enthousiasme ambiant n'exclut pas des rapports de force parfois délicats. Le secrétaire d'Etat à l'Education et la recherche, Charles Kleiber, insiste: sur fond de lente baisse de l'intérêt des jeunes pour les sciences naturelles, il se produit une «concentration» des étudiants vers les EPF, qui captent 52% des effectifs en sciences naturelles, contre 48% dans les universités, une proportion inédite. Il faut donc que les facultés et les EPF se mettent au régime de la «coopération volontariste», du type de «System X» ou des projets lémaniques.

Réponse des Genevois: cette année, la faculté a remis 573 diplômes, dont 125 doctorats, un score imposant. Si les étudiants votent avec leurs pieds, comme dit Charles Kleiber, ceux qui sont avancés dans leurs études «votent avec leur tête», réplique-t-on à Genève. Surtout, la différence de moyens exacerbe les passions: «Nous disposons de 100 000 francs pour l'installation d'un chercheur. Une EPF, d'un million. Où est l'égalité?», lance un professeur.

Dans la foulée, le conseiller d'Etat Charles Beer refuse tout glissement des sciences naturelles vers les EPF: «Les universités ne sauraient dispenser que les savoirs sur l'homme et la société, sous peine de ne pas être comprises en termes budgétaires.» Au contraire, il faudrait pouvoir «augmenter la capacité de recherche» de l'académie, et opposer une «logique de réseau» à celle, périlleuse, des «territoires» institutionnels.

10% de plus pour le FNS?

Dans ce contexte, un acteur va prendre toujours plus de poids, c'est le Fonds national de la recherche scientifique (FNS). Les pôles de recherche comme celui de Denis Duboule doivent leur naissance au FNS, sur décision du Conseil fédéral. Le président du Fonds, Dieter Imboden, reconnaît que «nos décisions ont toujours un effet structurant». Et poussé par un vent qu'il pense favorable, le FNS vise haut: il demande 48% d'augmentation budgétaire pour la période 2008-2011, soit environ10% par année. Charles Kleiber évoque un accord entre Pascal Couchepin et Joseph Deiss pour une hausse «massive» des ressources. Une partie servirait à des projets communs à plusieurs institutions, selon cette logique de réseau que les chercheurs appellent de leurs vœux.