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Debout, Me Vincent Spira plaide l'acquittement du prévenu.
© Cecilia Bozzoli pour Le Temps

Justice

«Les failles de cette enquête sont abyssales»

A Genève, la défense du chauffeur de taxi accusé d’avoir violé et tué la petite Semhar a passé à la moulinette tous les éléments du dossier avant de conclure à l’acquittement

«La pire des choses est d’être gagné par l’envie de condamner.» D’entrée de cause, Me Vincent Spira donne le ton de ce que sera la défense de Kaleb* l’Ethiopien. Instiller le doute, «fiévreux et angoissant», dans tous les interstices de ce douloureux dossier. Malgré l’émotion collective suscitée par l’homicide de la petite Semhar, «une affaire abominable qui heurte et qui choque», les juges du Tribunal criminel de Genève sont appelés à résister au confort des certitudes. Et Me Yaël Hayat, critique envers les failles «abyssales» de l’enquête, d’ajouter: «Je veux croire que les jeux ne sont pas faits, mais ils sont assurément pipés.»

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La défense n’a pas ménagé ses efforts pour déconstruire le puzzle assemblé la veille par le procureur et les parties plaignantes. Non, Kaleb n’est pas cet être totalement insensible. Il est un homme renfermé qui ne manifeste pas grand-chose. «Il ne faut pas juger sur les apparences», souligne Me Spira, non sans préciser que le prévenu avait tenté de mettre fin à ses jours alors qu’il était adolescent et que sa mère venait de mourir des suites d’une opération ratée. Il ne se révolte pas contre sa détention provisoire? «Il est dans l’attente, pas dans l’acceptation», abonde Me Hayat. Une souffrance silencieuse.

«Une volonté d’alourdir le dossier»

Si Kaleb a tissé une toile de mensonges, selon l’expression employée par les parties adverses, son ex-compagne érythréenne n’est pas en reste. Longuement, quitte à s’attirer des soupirs présidentiels, Me Spira a décortiqué les déclarations contradictoires de celle qui prétend avoir été régulièrement violée, battue, séquestrée, menacée de mort et insultée par le prévenu. «Elle est capable de raconter n’importe quoi et d’inventer des choses énormes. Tout ça pour pouvoir rester et obtenir l’asile», analyse Me Spira. Vidéos de leurs ébats ou de leurs sorties, témoignages de tiers, visite de sa mère (dont elle a dit aux autorités qu’elle était morte) démontrent, selon l’avocat, que cette femme n’est juste pas crédible.

La défense dira encore qu’il ne faut pas davantage croire les deux autres compagnes, qui ont décrit Kaleb comme un sadique sexuel. Pire, propose Me Spira, toutes ces dépositions ont été recherchées, inspirées, provoquées, à la fois par les enquêteurs et par une communauté éthiopienne déchirée après la mort de Semhar. «Il y avait une volonté d’alourdir l’accusation en faisant du prévenu une brute capable de violer et donc aussi de tuer une enfant de 12 ans.»

«Un suspect idéal»

Pour ce crime atroce, Kaleb fait figure de «suspect idéal». C’est la police qui le dit dans un procès-verbal. Le chauffeur de taxi est l’amant discret de la mère de la victime et, surtout, il a une clé de l’appartement. «Cette clé a scellé son destin», estime Me Hayat. Pour le procureur de l’époque (il y en aura six en tout), seule une personne pouvant entrer et revenir sur les lieux avait intérêt à dissimuler le corps sous le lit. Un raisonnement qui ne tient pas, argumente la défense, sachant que le bourreau de la petite lui a subtilisé sa clé en partant.

Les traces ADN, le timing, le faux alibi du prévenu, sa présence en bas de l’immeuble au moment crucial, son attitude durant la soirée et face à la police. La défense a passé à la moulinette tous les éléments troublants de ce dossier. Pour renverser la perspective et aboutir à cette conclusion: «La seule manière de clore ce dossier est de dire: je ne sais pas.» Le tribunal dira, vendredi 22 juin, si ce doute l’a atteint.

*Prénom d’emprunt

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