Suisse

La faillite qui soulage Neuchâtel

Xamax SA a déposé le bilan hier, juste avant que Bulat Chagaev soit mis en détention par le Parquet genevois.La reconstruction peut commencer

Bulat Chagaev aura surpris son monde jusqu’au bout. Alors qu’une demande de mise en faillite sans poursuite préalable de Xamax SA devait être traitée aujourd’hui par la justice neuchâteloise, le président tchétchène a déposé le bilan de la société hier. La faillite a été prononcée dans la foulée. Cet épilogue faisait suite à la décision prise plus tôt dans la journée par deux tribunaux civils bernois de ne pas accorder des mesures superprovisionnelles et provisionnelles au club neuchâtelois contre le retrait de la licence de jeu décidé le 18 janvier par la Swiss Football League (SFL).

Les choses se sont également précipitées sur le plan pénal: Bulat Chagaev a été mis en détention provisoire hier après-midi après avoir été auditionné par le procureur Yves Bertossa. Le Parquet genevois avait ouvert le 7 novembre dernier une enquête pour faux dans les titres, gestion déloyale et blanchiment d’argent. A ce stade, le Tchétchène est prévenu uniquement de gestion déloyale, en lien avec Xamax SA. Une nouvelle audience est d’ores et déjà prévue ce vendredi.

Depuis le début de la semaine, plusieurs indices laissaient penser que le club rouge et noir – qui aurait dû fêter son centenaire cette année – s’acheminait vers une faillite imminente. Samedi, Bulat Chagaev a fait vider par des déménageurs la loge du 5e étage du stade de la Maladière qu’il avait fait aménager à son goût. «Ils ont surtout emmené des meubles, rien qui ait beaucoup de valeur», assure un témoin direct de la scène.

Mercredi, le président tchétchène a libéré les joueurs du club à leur retour de Dubaï, où ils avaient participé à la Matchworld Cup 2012. Une décision corrigée tant bien que mal quelques heures plus tard par l’avocat du club, Me Pierre Toffel. Dans un communiqué, il précisait qu’il ne s’agissait pas d’une libération contractuelle, mais de «vacances» jusqu’au 29 janvier. Une façon de sauver les apparences en vue de l’audience de demande de faillite initialement prévue ce vendredi.

Privé de ses maigres revenus et confronté à plus de 8 millions de créances ouvertes, Xamax SA était condamné à aller dans le mur. Une situation qui s’explique par l’incapacité de Bulat Chagaev à tenir ses engagements financiers. Lors de son arrivée à la tête du club, en mai 2011, il avait pourtant promis monts et merveilles aux supporters, avec notamment un budget de fonctionnement porté à 30 millions. Ces belles paroles sont restées sans suite: joueurs et salariés du club attendent toujours leurs salaires de novembre et décembre. Ils ont patienté plusieurs semaines pour recevoir leur dû les mois précédents.

A entendre Bulat Chagaev et ses avocats, cette impossibilité de payer les dépenses courantes était le fruit d’un «complot». Ils ont critiqué à plusieurs reprises les banques, coupables de vouloir mettre des bâtons dans les roues du club en refusant d’ouvrir une relation bancaire au nom du sulfureux homme d’affaires tchétchène. Cela, soulignaient-ils, alors qu’aucune procédure n’a été ouverte pour blanchiment d’argent par le Ministère public de la Confédération (MPC). Ils oubliaient sciemment d’évoquer l’enquête en cours à Genève.

Selon l’avocat genevois Carlo Lombardini, spécialiste du droit des banques, le profil de Bulat Chagaev ne pouvait que faire peur aux organismes financiers: «Au vu de sa provenance géographique et de son statut d’homme d’affaires aux revenus mal identifiés, M. Chagaev présente tous les éléments du risque accru en matière de blanchiment d’argent. Il fait en outre l’objet d’une enquête pénale du Ministère public genevois. Dans ce contexte, une banque qui veut débuter une relation commerciale avec lui doit procéder à d’importantes vérifications. Cela coûte cher, cela prend du temps et cela n’exclut pas la possibilité de se tromper. Et donc de rencontrer, le cas échéant, des ennuis en retour.»

La faillite de Neuchâtel Xamax et l’arrestation de Bulat Chagaev ont entraîné des réactions quasi unanimes à Neuchâtel. De la tristesse, bien sûr, mais aussi, et peut-être surtout, du soulagement et de l’espoir après plusieurs mois d’un feuilleton qui a fini par lasser tout le monde.

Dans un communiqué, l’exécutif de la Ville de Neuchâtel se félicite ainsi que «l’abcès soit enfin crevé» et que les promoteurs du projet de reconstruction du club, Walter Gagg en tête, «puissent désormais œuvrer ouvertement et aller de l’avant». Il faudra tout reconstruire, a priori depuis la 1re ligue sans professionnels. Libérés hier de leur contrat, les joueurs xamaxiens feront tout pour trouver un nouvel employeur ces prochains jours.

Joueurs et salariés du club attendent toujours leurs salaires de novembre et décembre

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