Edito

Que faire d'un deuxième UDC sinon lui confier la migration

Alors que le parti grand vainqueur des élections 2015 fait mine de vouloir sérieusement endosser plus de responsabilités exécutives, il est légitime de penser lui attribuer Justice et police

Lorsqu’on élit un conseiller fédéral, on élit un conseiller fédéral et non un chef de département. On attend des membres du gouvernement qu’ils soient capables de s’investir dans n’importe quel ministère, même si leur parcours professionnel et politique ne les a pas prédestinés à reprendre les rênes de celui que leurs pairs leur attribue.

Les exemples sont nombreux. Simonetta Sommaruga n’était pas particulièrement armée pour s’occuper d’immigration et de sécurité publique. Lorsqu’ils siégeaient sur les bancs du parlement, ni Didier Burkhalter ni Alain Berset ne s’étaient spécialisés dans la santé et les assurances sociales. Ils ont pourtant tous deux dirigé le Département fédéral de l’intérieur.

Entre partis, des règles non écrites

Il existe tout de même quelques règles non écrites. Les socialistes en savent quelque chose, eux à qui l’on n’a jamais confié l’Economie tant on craignait qu’ils en profitent pour s’éloigner des règles du marché et instiller quelques soupçons d’économie planifiée. Et ils n’ont que rarement eu accès aux Finances. Les tensions entre le parlement et le grand argentier Otto Stich ont été si vives que le PS ne s’est plus jamais vu confier la charge du budget depuis lors.

La même argumentation s’applique à l’UDC. Tant et aussi longtemps que le parti acceptait que des éléments modérés et consensuels tels qu’Adolf Ogi ou Samuel Schmid occupent le siège gouvernemental qui lui revenait, cela n’a posé aucun problème. Mais ça a changé en 2003, lorsque Christoph Blocher a fait le forcing pour entrer lui-même au gouvernement, puis en 2008 lorsque le parti n’a plus accepté d’être représenté par des «demi-conseillers fédéraux UDC» (sic).

Parce qu’il avait tiré à la mitraillette sur la politique d’asile, Christoph Blocher a reçu Justice et police. Parce que l’UDC voue un attachement viscéral à une politique de sécurité solidement armée, Ueli Maurer a pris la Défense.

Heinz Brand, seul à répondre aux critères à ce stade

Au moment où le grand vainqueur des élections 2015 fait mine de vouloir sérieusement endosser plus de responsabilités exécutives, il est légitime de se demander à quelle tâche, le cas échéant, on affectera son second délégué. Logiquement, comme en 2003, c’est Justice et police qui devrait lui être proposé car l’UDC doit son succès aux craintes provoquées par la crise migratoire et à sa constante critique de la politique d’asile. Simonetta Sommaruga ne serait pas malheureuse de lâcher ce département très exposé.

Il faudra encore que le candidat que l’UDC voudra placer au Conseil fédéral ait quelques prédispositions pour assumer cette charge. Le Grison Heinz Brand répond aux critères, surtout si c’est pour Justice et police. La liste des prétendants comprend, de l’aveu de Toni Brunner, une dizaine d’autres noms. Mais il y a là peu d’aspirants vraiment sérieux: entre des conseillers nationaux qui n’ont rien prouvé, dont un – le Tessinois Pierre Rusconi – n’a même pas été réélu, et des conseillers d’Etat peu connus à Berne, les prétendants crédibles ne sont pas légion. Le parti doit encore convaincre que le réservoir dont il prétend disposer existe réellement.

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