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Philippe Leuba: «On a identifié certaines procédures communales viciées et des décisions de refus non motivées. On a donc décidé d’empoigner ce problème à la faveur de la révision de la loi fédérale.»
© CYRIL ZINGARO/KEYSTONE

Naturalisations

«Faiseurs de Suisses»: un nouveau cas à Nyon

Après un secondo né en Suisse et recalé à la naturalisation dans cette commune vaudoise, c’est au tour d’une jeune Française parfaitement intégrée. Le conseiller d’Etat Philippe Leuba réagit

Savez-vous si le poisson figurant sur le blason bicolore de Nyon nage vers la gauche ou vers la droite? Non? C’est fâcheux, pour le cas où vous postuleriez à la naturalisation suisse dans cette commune. Célia Roche en sait quelque chose, puisqu’elle a été recalée après son examen de passage. Il est vrai que cette jeune Française n’a pas non plus été capable de citer les noms des rivières de la commune, et n’a pas donné entière satisfaction en matière de civisme. Mais elle aura appris, au soir du 17 octobre, que le poisson en question a la tête à gauche, nageant du bleu vers le rouge, «car il quitte le lac pour finir dans la poêle», a plaisanté un des examinateurs.

C’est le second témoignage qui interroge la procédure de naturalisation à Nyon, après la mésaventure du secondo italien, né en Suisse et pourtant recalé, dont Le Temps s’est fait l’écho. «Lire que quelqu’un d’autre a vécu la même chose a eu un effet radical sur moi, raconte Célia. Cela a apaisé la colère qui m’habitait depuis le 26 octobre. Le jour où j’ai ouvert, confiante, l’enveloppe contenant la lettre qui m’annonçait que la commission avait jugé mes connaissances géographiques et civiques insuffisantes, j’en ai pleuré.» Car elle a le sentiment d’avoir été jugée indigne du pays sur lequel elle fonde désormais son identité: «Je suis toujours choquée d’avoir été ainsi rejetée. Je me sens indésirable et malvenue dans un pays que j’aime.»

L'une de nos chroniqueuses: Naturalisation: comment je suis devenue Suissesse

Mix & Remix au lieu de la brochure

Née en 1989, Célia arrive en Suisse à 17 ans. Elle entame une école préparatoire d’art à Lausanne et tisse rapidement un réseau d’amis. Elle travaille bientôt dans les festivals locaux, dont le Paléo. Puis bifurque dans la communication, et est embauchée en 2013 dans une agence. En parallèle, elle est bénévole dans le milieu associatif. Célia dit avoir appris à faire la fondue, le papet, et «cause vaudois». Entre la Suisse et elle, c’était l’amour tendre, jusqu’à ce qu’une enveloppe vienne lui signifier que les noces n’auront pas lieu comme prévu. «Ce qui me surprend, c’est à quel point cette décision a d’impact sur mon moral. Si je travaillais dans une multinationale et ne parlais qu’anglais, je comprendrais! Je me sens désormais comme le mouton noir des affiches de l’UDC.»

Des références politiques, Célia en possède. Car son employeur compte parmi ses clients un parti politique. Célia s’est d’ailleurs occupée des papillons d’un candidat qui était, ironie du sort, parmi les membres de la commission au soir de son examen. Comme la jeune femme fréquente aussi des conseillers communaux lausannois, elle pensait que ses connaissances politiques allaient suffire. Et elle confesse s’être tournée vers les Institutions politiques suisses de Vincent Golay et Mix & Remix plutôt que vers la brochure de la commune. Mal lui en prend: «Devant une question à laquelle je n’ai pas répondu, un examinateur m’a brandi la brochure en me demandant si je l’avais lue, raconte Célia. Si être Suisse consiste à apprendre par cœur un livre, je ne suis pas sûre de vouloir l’être.»

Un billet de blog: Vous avez dit naturalisation?

«Nyon est cité en exemple»

Une fois encore, la commission des naturalisations s’est attachée aux connaissances théoriques de la postulante, sans la contrebalancer par l’intégration: «J’ai été outrée par l’absence totale de considération pour mon parcours et mon implication en Suisse.» Qu’en dit le syndic de Nyon, Daniel Rossellat? «Les notes de barrage sont la langue et un minimum de connaissances civiques. Peut-être y a-t-il un malentendu, certaines personnes se croyant invitées à faire connaissance, alors qu’il faut se préparer à des questions. Mais je ne peux que m’incliner si des gens vivent mal le fait de voir leur procédure suspendue.»

Il ne se trouve personne, à Nyon, pour estimer qu’on privilégie le détail au détriment de l’essentiel. Lundi soir, le conseil communal affichait l’union sacrée dans l’affaire du secondo recalé: «Cette histoire nous a surpris, explique Stéphanie Schmutz, présidente de la Commission des naturalisations. Car Nyon est citée en exemple par d’autres communes, depuis que nous avons édité cette brochure avec Caritas et le délégué à l’intégration.» Si cette socialiste se dit sensible au ressenti émotionnel des personnes, elle accorde à la commission, «bienveillante», toute sa confiance.

«Plus de questions arbitraires»

Le conseiller d’Etat Philippe Leuba, s’il ne vise pas Nyon en particulier, ne partage pas cette assurance: «On a identifié certaines procédures communales viciées et des décisions de refus non motivées. On a donc décidé d’empoigner ce problème à la faveur de la révision de la loi fédérale.»

Une opinion: Comment faire une commission qui fait des Suisses?

Hasard du calendrier, le Grand Conseil a adopté mardi en première lecture le projet de loi sur le droit de cité vaudois. Mercredi, la loi devrait être sous toit: «Elle prévoit l’égalité de traitement grâce à un registre de questions connues. On réglera ainsi ce type de problème. Les questions arbitraires ou tendancieuses ne pourront plus être posées», promet le ministre. L’intégration lui semble-t-elle plus importante que des connaissances géographiques ou civiques? «Tout à fait, répond-il. Même si la loi précise un ensemble de facteurs.»

Pour Célia, cette nouvelle mouture arrive peut-être trop tard. «Je n’ai toujours pas été capable d’appeler la commune pour reprendre rendez-vous, tellement un goût amer me reste dans la bouche.» De la cité lacustre, on dit qu’«aucune n’est plus avenante». Sauf pour les perches, et les poissons qui nagent de gauche à droite.

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