La mort de Lucie, l’adolescente fribourgeoise de 16 ans tuée le 4 mars en Argovie par un récidiviste, a bouleversé la Suisse. Dimanche, à 14h30, ses parents, Nicole et Roland Trezzini, organisent une marche en sa mémoire au cœur de Fribourg, du Jardin de Pérolles, à proximité de l’église du Christ-Roi, où ont été célébrés lundi les obsèques de la jeune fille, à la place Georges-Python. La manifestation sera d’abord un hommage silencieux à Lucie, dans la simplicité et la dignité. Mais ses parents prendront également la parole. Entourés par des politiciens, ils militeront pour une mise en place rapide d’une alerte enlèvement, ainsi que pour un internement et un suivi plus strict des criminels dangereux libérés après l’acquittement de leur peine.

Le Temps: L’émotion autour de la mort de Lucie a été vive dans toute la Suisse. Comment vivez-vous ces moments? Roland Trezzini: Dès l’annonce de sa disparition, nous avons vécu des moments d’angoisse et de désespoir. Nous avons été, depuis le début, constamment dans l’action, c’est ce qui nous soutient. Il y a eu une grande solidarité, un élan médiatique, nous avons été portés. Nous agissons maintenant de sorte que la mort de Lucie ne soit pas vaine. Nous voulons sensibiliser l’opinion publique et le monde politique sur les dysfonctionnements que nous avons constatés lors de ce tragique événement. Afin d’améliorer la situation. Nicole Trezzini: Il y a eu tout de suite un élan populaire de solidarité. Cela nous a touchés. Tous ces messages de soutien, dans ces moments-là, c’est précieux.

– Quel est le sens de la manifestation que vous organisez dimanche? - R. T.: Il s’agit d’abord d’un hommage à Lucie, avec cette marche se déroulant dans le silence. Ensuite, derrière cela, il y a deux messages principaux. Soutenir l’élaboration d’une alerte enlèvement – que je préfère appeler «alerte disparition» – et mettre en place un suivi strict, voire un internement des criminels récidivistes dangereux. Nous souhaitons qu’il y ait à ce sujet un débat politique à l’échelle nationale.

– Combien de participants attendez-vous? - R. T.: Nous souhaitons qu’il y ait le plus grand nombre de personnes possibles. Plus l’impact sera grand, plus le monde politique prendra au sérieux ce message et mettra en place les mesures nécessaires dans ce domaine. Cela dit, qu’il y ait 500 ou 3000 personnes, l’essentiel est de rendre hommage à Lucie et d’avoir fait tout ce que nous avons pu pour qu’il n’y ait pas une deuxième Lucie.

– Vous soutenez la mise en place d’une alerte enlèvement. A quel modèle pensez-vous? - R. T.: Nous ne songeons pas à un modèle particulier. En revanche, nous souhaitons qu’il se mette en place rapidement. Il n’est pas possible d’attendre plus longtemps. Il existe justement déjà des modèles. Il suffit de s’en inspirer. Certains nous disent que ce n’est pas utile, car on se trouve en présence d’un cas tous les six ans. D’autres veulent attendre, sous prétexte qu’il faut un instrument parfait. Nous ne sommes pas d’accord: nous voulons quelque chose tout de suite. Si ce n’est pas parfait, on pourra toujours le perfectionner. Si on n’agit pas, il y aura d’autres vies en danger. L’inaction est inacceptable maintenant. C’est à la démocratie, au monde politique, de faire ses propositions. Quitte à ce que le peuple choisisse ensuite. - N. T.: Nous avons vécu les premières heures de la disparition de Lucie en voyant à quel point le système était défaillant. Avoir des objectifs nous aide à continuer. Nous sommes là pour témoigner. Nous avons donné toute notre énergie pour qu’a présent, on se mette autour d’une table. Il faut avoir le courage de dire: là, ça ne va pas. Il s’agit d’améliorer la situation. Nous espérons que notre message sera entendu, par les politiciens, par les cantons. C’est notre motivation. Ensuite, nous devrons bien reprendre notre quotidien. Nous souhaitons laisser à nos enfants la possibilité de vivre leur vie. La marche de dimanche, nous l’espérons, devrait être le point final de notre action au niveau médiatique.