Le modèle familial traditionnel ne sera pas récompensé. Les parents gardant eux-mêmes leurs enfants n’auront pas droit aux mêmes déductions fiscales que ceux qui ont des frais effectifs de garde. L’initiative de l’UDC a été rejetée avec 58,5% des voix après une campagne et des débats très émotionnels sur le modèle familial qu’il convient de soutenir.

La défaite de l’UDC est claire. Même la plupart des cantons périphériques, où le modèle traditionnel est plus ancré, ont dit non. Zoug, Lucerne et le Valais ont refusé le texte alors qu’ils appliquent d’une certaine manière l’initiative en offrant des déductions fiscales également aux parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants. Au final, trois cantons seulement l’approuvent: Schwyz (51,2%), Appenzell Rhodes-Intérieures (52,12%) et Uri (50,75%). «Tout le monde était contre nous. L’initiative a été combattue de tous les côtés car nous en étions les porteurs», constate Claude-Alain Voiblet, ­vice-président romand de l’UDC.

Vice-présidente des Femmes socialistes, la conseillère nationale vaudoise Cesla Amarelle tire néanmoins une leçon de cette campagne: «Le modèle familial traditionnel reste une référence même pour les parents qui travaillent et il ne faut pas sous-estimer son ancrage dans les mentalités», analyse-t-elle.

Actuellement en Suisse, 70% des familles ont un double revenu, que ce soit par nécessité économique ou par choix. En début de campagne, les premiers sondages ont montré la sympathie des citoyens pour l’idée qu’un parent reste à la maison pour garder les enfants et que cette présence soit reconnue. Il aura fallu un fort engagement des opposants ces dernières semaines pour inverser la tendance, insistant qui sur le coût de l’initiative, qui sur les intentions de l’UDC de renvoyer les femmes aux fourneaux.

«L’UDC a surtout fait fausse route en voulant jouer un modèle contre l’autre alors qu’une politique crédible doit tenir compte du pluralisme des vies familiales», estime la conseillère nationale PDC Lucrezia Meier-Schatz. Son président de parti, Christophe Darbellay, tire les mêmes conclusions alors qu’à l’origine il soutenait l’initiative de l’UDC: «Une politique familiale n’a de chances d’être acceptée que si elle n’est pas discriminatoire», répond-il aujourd’hui. Reste à la définir.

Même si elle a échoué, l’initiative de l’UDC aura eu un mérite: en marchant sur les plates-bandes du PDC autoproclamé parti de la famille, l’UDC porte au sommet de l’agenda politique un thème négligé ces dernières années. Avant cette votation, elle a combattu – avec succès cette fois – l’adoption d’un article constitutionnel sur la politique familiale.

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a compris le message: les parents attendent mieux. Dimanche, elle a indiqué que ses services travaillaient conjointement avec le Département fédéral de l’intérieur sur une vaste réforme de la fiscalité des familles. «Tout sera remis à plat», a-t-elle annoncé.

La tâche ne sera pas simple. Car les autres partis ont déjà ou vont proposer leurs propres recettes. A commencer par l’UDC. «Les opposants ont joué sur le coût que notre initiative représenterait pour les finances publiques. Mais nous aussi voulons plus de transparence. Nous voulons aussi savoir ce que coûte exactement le modèle de garde des enfants par des tiers car des sommes très importantes sont en jeu», annonce Claude-Alain Voiblet.

Dans un premier temps, l’UDC devra surtout se prononcer sur les deux initiatives du PDC qui seront prochainement débattues par le parlement. La première veut que les couples mariés ne soient plus désavantagés en matière d’impôts par rapport aux concubins. La seconde vise à défiscaliser les allocations familiales. Pour Lucrezia Meier-Schatz, leurs coûts pour les finances fédérales sont supportables, «car en contrepartie, on augmente le pouvoir d’achat des familles», justifie-t-elle.

Les socialistes songent également à lancer une initiative pour augmenter les allocations familiales, actuellement fixées au niveau fédéral à 200 francs jusqu’à 16 ans et 250 francs pour un enfant en formation. «C’est le moyen le plus efficace de lutter contre la précarité des familles, estime le conseiller national vaudois Roger Nordmann. Et parallèlement, nous continuerons à soutenir le développement des infrastructures de garde extra-familiale».

Autre son de cloche du côté du PLR. «Nous voulons des mesures ciblées sur les familles qui ont des besoins. Pas d’arrosage. Et nous devons respecter le vote du 3 mars sur l’article sur la famille. Les citoyens ont dit ce jour-là que la garde des enfants était une affaire cantonale. Ce sont donc dans les cantons que nous allons nous battre, notamment sur le financement de l’accueil extrascolaire ou encore les horaires continus. De la Confédération, on attend juste qu’elle fixe des conditions-cadres», explique Claudine Esseiva, secrétaire générale des Femmes PLR.

«Une politique familiale n’a de chances d’être acceptée que si elle n’est pas discriminatoire»