SANTÉ

Les familles frappées par la hausse de primes

En 2017, les augmentations des primes pour les enfants s’élèveront à 6,6% en moyenne, plus que celles des adultes à 4,5%. La raison: elles ne couvrent plus les montants remboursés, reflet des soins prodigués

Les familles vont passer à la caisse. En annonçant lundi le montant des primes de l’assurance obligatoire des soins, le conseiller fédéral Alain Berset a mis en avant cette catégorie d’assurés, particulièrement concernée par la nouvelle hausse. En 2017, les primes des enfants vont particulièrement peser sur le budget des ménages: elles augmenteront de 6,6% pour atteindre le montant de 105,25 francs, soit une progression de 6,14 francs par enfant et par mois en moyenne. En Suisse romande, la hausse sera encore plus marquée, surtout à Genève (+9,7%), devant le Jura et le Valais (8,2%), Vaud (7,6%) et Fribourg (6,9%).

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En fait, depuis 2013, le montant des soins dispensés aux bambins et pris en charge par les assureurs maladie est supérieur aux recettes des primes encaissées pour ce groupe d’âge, explique l’Office fédéral de la santé publique. Dès lors, un «processus de rattrapage» est en cours. Comme le constate Verena Nold, directrice de l’association des assureurs Santésuisse, «la hausse des coûts pour les enfants a été régulière ces dernières années. Elle tient à une meilleure prise en charge, notamment des enfants jusque vers cinq ans, qui sont régulièrement contrôlés et bénéficient de mesures de prévention. Et c’est une bonne chose.»

La loi sur l’assurance maladie (LAMal) impose aux caisses de fixer des primes plus basses pour les moins de 18 ans. Selon les assurances, ces rabais se situent entre 70 et 80% de la prime standard. Certains d’entre eux, comme Assura, ne diminueront pas en 2017 le montant du rabais: la hausse pour les enfants sera en ligne avec la courbe globale de l’augmentation des primes, qui se monte à 8,3% en moyenne nationale.

«Je m’interroge sur les raisons d’une telle hausse: les adultes subventionnaient-ils les enfants?» demande la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), qui entend bien interpeller les acteurs du système de santé à ce sujet. «Les petits sont-ils en meilleure santé aujourd’hui qu’il y a cinq ans parce qu’ils seraient mieux soignés? Je ne le crois pas», poursuit son collègue et médecin Ignazio Cassis (PLR/TI), qui s’interroge sur la réelle nécessité d’un certain nombre de consultations.

Pour contrer une évolution «inquiétante pour les familles», Alain Berset a brandi la menace d’une intervention. Il pourrait agir par voie d’ordonnance mais entend d’abord discuter avec les assureurs. Il suivra également les travaux du parlement. Il y a plusieurs années déjà, la conseillère nationale Ruth Humbel (PDC/AG) a déposé une initiative parlementaire visant à exonérer les enfants des primes; une proposition soutenue par le PS. Les Chambres en ont accepté le principe, le débat devrait avoir lieu en décembre au Conseil national. Une autre proposition, celle de l’ancien conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS), visant à atténuer les primes pour les jeunes, sera également abordée.

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Adultes touchés aussi

Avec une moyenne de 105,25 francs par mois l’an prochain, le montant des primes des enfants reste néanmoins bien inférieur à celui des adultes qui se situera en moyenne à 447,28 francs pour les assurés qui optent pour une franchise de 300 francs et intègrent la couverture contre les accidents. Pour eux, la hausse moyenne se situe à 4,5% avec des écarts très importants entre les régions et au sein même des cantons. Comme le ministre de la santé l’a souligné, pour les mêmes prestations, la prime varie selon les caisses entre 230 et 760 francs dans le canton de Vaud, de 180 à 640 francs à Zurich.

«Les primes ont doublé ces 20 dernières années, on ne peut pas continuer comme cela encore 20 ans», assène Isabelle Moret. Ces prochains temps, les propositions pour tenter de maîtriser la spirale haussière vont fleurir. Pour agir sur les coûts, la Vaudoise souhaite par exemple mettre davantage la pression sur les prestataires de soins, en particulier les médecins. Comme Santésuisse, elle évoque notamment la piste du remboursement au forfait en remplacement de la tarification actuelle pour les traitements dispensés par les médecins privés. De son côté, le parti socialiste déposera plusieurs interventions parlementaires ce mardi, portant par exemple sur la planification hospitalière. Le PS incite aussi au lancement d’initiatives cantonales pour limiter le poids des primes de l’assurance maladie obligatoire à 10% du revenu disponible des ménages.

A propos de l’indignation de Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia: «Quelqu’un se rend-il compte où l’on va?»

 

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