Révolution de Palais

Fathi Derder: «En attendant de reprendre le boulot»

Pas réélu ce dimanche, Fathi Derder estime que la révolution de Palais n’est pas achevée. Encore un petit effort. Dans trois semaines, si tout va bien, «nous pourrons recommencer à faire de la politique». Ou reprendre simplement le boulot

«Bravo, tu as gagné!» Dimanche, vers 20 heures, un collègue zurichois m’envoie un message enthousiaste: il m’annonce la défaite d’un adversaire personnel, Christophe M., ex-conservateur de musée, et désormais ex-parlementaire. Un des élus les plus sinistres de Berne, d’une part, mais qui avait surtout l’outrecuidance d’occuper systématiquement ma place de travail aux Pas-Perdus. J’ai donc remercié mon collègue de cette excellente nouvelle, me félicitant qu’il y ait une justice en ce bas monde. Tout en précisant un petit détail: je ne pourrai peut-être pas en profiter pleinement. Nous nous battions pour un bureau, nous avons perdu deux sièges.

Bon, je n’ai pas encore perdu. Mais… je n’ai en tout cas pas encore gagné. Pas de doute à ce sujet: deux cents messages me l’ont confirmé lundi matin. De gentils messages, certains surpris et surprenants («je t’ai pourtant mis 3x sur ma liste»), mais toujours positifs. Comme mon facteur, tout sourire à la boulangerie: «Alors, ça va? Vous avez la paix maintenant?». – «Ben en fait pas encore… ou… pas tout à fait… enfin… oui, bientôt». Il est marrant, mon facteur.

Les journalistes savent aussi être drôles. Comme cette collègue qui me donne rendez-vous au Pont-Bessières, je cite, «non pas que tu vas t’y jeter mais y a des affiches et c’est joli». D’autres sont drôles sans faire exprès. Comme cette correspondante au Palais qui me demande ce que je vais faire de ma vie, et si je vais demander une aide financière de la Confédération. Elle a raison. J’ai bien réfléchi: je vais lancer une opération Chaîne du Bonheur. «CP 10-15000-6, mention Derder».

Non, le problème n’est pas financier. Outre les deux ou trois petits dossiers anodins que nous traitons par-ci par-là depuis quatre ans, mon adversaire de bureau me manquera. Tout comme l’indéfectible fan de Guns’N’Roses qui regardait inlassablement «November Rain» pendant les débats. Ou son voisin qui dort. Sans oublier, à propos de siestes, les rencontres épiques du Parlement de la Francophonie. Nous étions la semaine dernière à Jersey pour parler de l’avenir économique de l’Europe. Pendant la conférence, les élus français dormaient profondément. Ça ne s’invente pas. J’ai pris une photo, ça fait des souvenirs.

Mais tout n’est pas fini: la révolution de Palais n’est pas achevée. Encore un petit effort. Dans trois semaines, si tout va bien, nous pourrons recommencer à faire de la politique. Ou reprendre simplement le boulot. Ce qui arrivera forcément, un jour. Et c’est bien ainsi…

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