Médias 

Fathi Derder: «Dans la crise de l’ATS, le politique doit rester à sa place»

Le rédacteur en chef de «L’Agefi» et conseiller national PLR analyse la situation de l’agence nationale d'information et critique l’intervention de parlementaires dans le débat

Journaliste et conseiller national PLR, Fathi Derder analyse la situation de l’Agence télégraphique suisse (ATS), confrontée à 40 licenciements. Alors que les collaborateurs ont entamé mardi une grève illimitée, le Vaudois, aujourd’hui rédacteur en chef de L’Agefi, se montre très critique face à l’intervention du politique dans le débat.

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«Le Temps»: L’ATS poursuit sa grève illimitée, fait rare dans le milieu des médias. Comment percevez-vous cette mobilisation?

Fathi Derder: Je n’ai pas suivi le détail des négociations, mais le recours à la grève n’est jamais une bonne solution. Je regrette d’autant plus que les journaux clients soient pris en otage, cela pénalise l’ensemble du milieu. Peu importe qui est coupable, entre les collaborateurs et la direction, il faut arrêter au plus vite ce cirque. Avec leurs déclarations tous azimuts, les politiques encouragent l’appel à la grève, on ne ferait jamais autant de bruit dans une entreprise de décolletage dans le Jura bernois…

Que voulez-vous dire?

Je suis choqué, en tant que journaliste et parlementaire, de voir les mesures proposées par certains politiques. Conditionner les soutiens revient à dicter la ligne éditoriale d’un média privé et donc à bafouer la liberté de la presse. Ces prises de position sont catastrophiques, irresponsables. On franchit une ligne rouge. J’appelle à la retenue, le politique doit rester à sa place.

En tant que journaliste, vous n’êtes donc pas solidaire avec votre profession, touchée au cœur?

Je regrette les mesures drastiques qui touchent mes confrères, mais manifester sur la place publique avec des messages irresponsables, ce n’est pas de la solidarité, c’est du dérapage. On traite des questions médiatiques avec un aspect systématiquement émotionnel, on fait preuve de nombrilisme.

Il n’y a pas de crise de la presse, il y a une mutation profonde du secteur depuis vingt ans qui touche tous les secteurs économiques.

L’ATS est-elle donc remplaçable?

L’ATS est aujourd’hui très utile. Ce n’est pas pour rien que l’on paie chèrement ses services. Et, bien que personne ne soit indispensable, il est vrai que l’ATS fournit des prestations de service public, participant ainsi de manière active à la fameuse cohésion nationale dont on parle beaucoup. Cela dit, en tant que société privée, elle n’y est nullement obligée. Si les élus, à tout niveau, veulent conserver une couverture politique aussi large, il faut confier cette tâche au service public existant. Il ne faut ni l’imposer à l’ATS, ni créer une nouvelle structure. On pourrait envisager que cela fasse partie des missions de la SSR.

Les déboires de l’ATS sont les derniers d’une longue série, la crise de la presse ne vous inquiète-t-elle pas?

Il n’y a pas de crise de la presse, il y a une mutation profonde du secteur depuis vingt ans qui touche tous les secteurs économiques. La réduction des titres est un rééquilibrage, on dramatise la situation parce qu’on a connu la profusion. Le problème, c’est que le secteur de la presse s’avère incapable de se réinventer, de trouver une nouvelle manière de commercialiser l’information. La numérisation est pourtant une chance pour les médias, la demande d’information est plus forte que jamais.

Comment voyez-vous l’avenir de l’ATS?

Une couverture aussi complète et aussi large qu’elle était proposée jusqu’ici n’est pas rentable, je donne raison à la direction sur ce point. Sa rente de situation qui reposait sur la densité de titres clients est aujourd’hui révolue. Pour survivre, l’ATS doit se concentrer sur les marchés de niche. Voilà pourquoi renoncer à l’actualité économique me paraît un choix étrange.

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