La somme de 22,8 milliards de francs est la nouvelle estimation des coûts de la sortie du nucléaire effectuée par swissnuclear pour le compte de la Commission fédérale pour les fonds de désaffectation et de gestion des déchets (Stenfo) publiée jeudi. Depuis la dernière évaluation, qui date de 2011, ils augmentent globalement de 10%.

La grosse part de la facture est absorbée par la gestion à long terme des déchets radioactifs. Elle représente à elle seule 19,2 milliards de francs, en hausse de 9% par rapport à 2011. L’essentiel de cette somme doit être financé par les propriétaires des cinq centrales ainsi que par le Centre de stockage intermédiaire pour déchets radioactifs (Zwilag) de Würenlingen. Ils approvisionnent le fonds pour la gestion des déchets depuis plusieurs années. A la fin 2015, il s’élevait à 4,2 milliards.

«Intérêts plus importants»

Les propriétaires doivent échelonner leurs contributions durant l’exploitation et une fois que les réacteurs sont à l’arrêt. Des 7,5 milliards qu’ils doivent verser en phase d’exploitation, 5,5 l’ont déjà été et 2 restent à payer. Ils devront encore s’acquitter de 10,5 milliards par la suite. De cette somme, 4,2 milliards avaient déjà été versés dans le fonds à fin 2015. Il leur reste donc 7,5 milliards. De son côté, la Confédération contribuera à hauteur de 1,2 milliard. La Stenfo compte aussi sur le rendement du capital du fonds.

Comme le site d’entreposage définitif prend du retard, la durée de vie du fonds sera plus longue que prévu. «Cela permettra de toucher des intérêts plus importants», souligne Michaël Plaschy, président de swissnuclear, qui a effectué les calculs. Certes, le rendement n’a pas été bon en 2015. Toutefois, relativise l’ingénieur Raymond Cron, président de Stenfo, il faut prendre l’ensemble de la période de rendement en considération. Il compte donc sur des revenus positifs.

Les coûts de démantèlement des centrales sont estimés à 3,6 milliards, soit 13% de plus qu’en 2011. Cela s’explique notamment par le fait que, en cinq ans, le concept de remise en état des sites a évolué. Deux options sont envisagées: la «prairie verte», ce qui signifie qu’on évacue absolument toutes les constructions y compris souterraines et qu’on renature le site ensuite; ou la friche industrielle, qui prévoit une nouvelle exploitation industrielle des emplacements une fois qu’ils ont été décontaminés. Or le retour à la nature intégral est précisément estimé à 3,6 milliards, explique Michaël Plaschy.

Chiffres définitifs en 2018

Qu’est-ce qui a déjà été payé et qu’est-ce qui doit encore l’être? A la fin 2015, le fonds de désaffectation atteignait 2 milliards de francs. Les moyens restants seront fournis par les exploitants et le rendement du capital du fonds. Tous ces calculs seront encore vérifiés par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire et par des experts indépendants l’année prochaine. Une évaluation définitive sera effectuée par le Département fédéral de l’énergie en 2018.

Pour BKW, propriétaire de Mühleberg qui sera mis hors-service dans exactement trois ans, la facture s’élève à 3,06 milliards de francs, soit 9,4% de plus qu’en 2011. De son côté, Axpo évalue ses coûts globaux de désaffectation et de gestion des déchets à 5,617 milliards pour ses deux réacteurs de Beznau. Ils progressent de 6,4% par rapport à 2011.

Le troisième élément est le coût estimé de la phase post-exploitation des centrales, qui suit l’arrêt des réacteurs. Estimés à 1,7 milliard, ils sont entièrement à la charge des propriétaires et sont en baisse de 6% par rapport à 2011. C’est pour cela que la progression globale des coûts est de 10%.

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Ces nouvelles estimations servent de base au calcul (provisoire) des contributions que les exploitants doivent verser chaque année dans les deux fonds. Comme la durée de vie du fonds pour les déchets radioactifs sera plus longue que prévu, ces tranches annuelles sont en baisse. Elles s’élèvent à 108,2 millions par an pour la désaffectation des centrales (339,4 millions sur la base de l’estimation 2011) et à 253,2 millions pour les déchets (au lieu de 707,7 millions).

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Conséquence immédiate: BKW (pour Mühleberg) et Axpo (pour Beznau) peuvent suspendre leurs versements jusqu’en 2021, mais BKW continuera néanmoins d’alimenter le fonds pour les déchets à hauteur de 18 millions par an. La Stenfo précise que les contributions annuelles des exploitants des deux autres sites s’élèvent à 103 millions pour Gösgen et à 156 millions pour Leibstadt. Cette situation provoque l'incompréhension de la Fondation suisse pour l'énergie, qui considère que, face à l'augmentation prévisible des coûts, les contributions devraient augmenter et non diminuer, car on court le risque de faire payer la facture finale par les contribuables.

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