– LE TEMPS: Monsieur le conseiller fédéral, vous avez l'air particulièrement satisfait d'hériter du Département de l'économie. Pour quelles raisons?

– Pascal Couchepin: Tout simplement parce que je crois que c'est le département pour lequel j'ai été le mieux préparé. Je siège depuis plusieurs années dans la Commission de l'économie et des redevances et je m'intéresse davantage à un département large qu'à un ministère trop spécialisé ou trop technique. J'aurais eu plus de peine à me retrouver à la tête de Justice et Police, car élaborer des lois dans le détail ne correspond pas forcément à mon tempérament. A l'Economie, on doit créer des impulsions et essayer d'ouvrir des portes afin que les gens aient envie d'entreprendre.

– Quel est votre emploi du temps jusqu'à votre entrée en fonctions le 1er avril?

– C'est le système de la chrysalide: on passe lentement d'un état à l'autre. Je dois liquider mes affaires privées et communales, prendre congé de mes collaborateurs. Je dois aussi quitter les 19 conseils d'administration dans lesquels je siège. En même temps, j'ai déjà eu quelques séances informelles avec mes futurs collègues, par exemple Arnold Koller et Kaspar Villiger. J'en aurai encore d'autres et je passerai la journée du 31 mars avec Jean-Pascal Delamuraz. Mais je n'ai encore eu aucun contact avec les directeurs d'office. Quant au maintien ou non des personnes en place, je suis d'avis que ceux qui ont bien servi l'administration et le conseiller fédéral en fonctions méritent respect et loyauté. De plus, une certaine continuité est nécessaire. Et, si l'on souhaite des changements, il faut les faire au gré des circonstances et après avoir bien discuté avec les personnes concernées. Je crois aussi qu'il faut de plus en plus des gens qui aient la capacité d'anticiper les événements et qui apportent des idées.

– Il y a naturellement beaucoup de Valaisans dans votre proche entourage. Allez-vous, comme certains l'imaginent, «valaisiser» le département?

– Est-ce qu'on a reproché à Jean-Pascal Delamuraz de «vaudoisiser» le département quand il est arrivé? Non. Ce type de reproche m'irrite un peu, car jamais on ne le ferait à quelqu'un qui vient d'un autre canton. Les Valaisans sont comme tous les autres citoyens suisses: ils choisissent les meilleurs. Et ceux-ci sont parfois Valaisans, parfois pas.

– Quelles relations entretiendrez-vous avec les associations économiques?

– Le débat avec les organisations patronales et syndicales doit être permanent et je souhaite que nous ayons des relations vigoureuses et solides. Les contacts que j'aurai avec elles doivent me permettre de savoir ce que pensent les gens réunis au sein de ces organisations et de sentir comment ils voient les moyens de développer l'économie, comment ils voient le monde aussi.

– Un des responsables de l'Office fédéral des affaires économiques extérieures (OFAEE); Rudolf Ramsauer, a été proposé lundi pour prendre la tête du Vorort. Constituera-t-il un lien privilégié entre votre département et l'économie?

– C'est surtout important pour le Vorort, qui bénéficiera ainsi d'une personne disposant de compétences élevées en matière de diplomatie économique internationale. Il y a eu une grande période où le Vorort était très proche de l'OFAEE. Je crois que ce temps-là est définitivement révolu, mais c'est certainement très bon d'avoir, à la tête du Vorort, quelqu'un qui connaisse bien l'office.

– Et comment voyez-vous l'avenir de l'OFAEE?

– Je dois d'abord discuter avec les gens. Je ne souhaite donc pas m'exprimer à ce sujet. Ce qui paraît cependant probable en raison de l'âge de la personne en fonctions, c'est qu'il y aura des changements à la tête de l'OFAEE.

– Parmi les dossiers importants qui vous attendent, il y a l'assurance chômage. A ce propos, le conseiller national Jean-Pierre Bonny a déposé une motion qui demande que l'on corrige le système de réinsertion et que l'on restructure l'assurance à l'image de la CNA, avec un statut de droit public, un renforcement du rôle des partenaires sociaux et un fonds dissocié de la comptabilité fédérale. Qu'en pensez-vous?

– Cette idée me paraît intéressante. Il est vrai que l'assurance chômage va faire l'objet de nombreuses discussions sur le plan du financement et du fonctionnement. Le concept actuel qui prévoit de réintégrer les chômeurs est en soi très bien, mais il faut que le marché du travail soit en mesure de les absorber, et c'est là l'une des limites du système. Le modèle est juste, mais il faudra encore faire quelques expériences.

Propos recueillis par Bernard Wuthrich et Ludovic Rocchi