Questions à

«Il faut limiter les particules très fines»

Une nouvelle recommandation émise ce mercredi par la Commission fédérale de l’hygiène de l’air préconise une limitation de la quantité de particules très fines (PM2,5), alignée sur celle préconisée par l’OMS à 10 microgrammes (µg) par m3 d’air. Les particules plus grosses (PM10) font déjà l’objet d’une régulation en Suisse.

Le Temps: Pourquoi une telle proposition?

Nino Künzli: La CFHA travaille pour le gouvernement et dit ce qu’il faut faire pour protéger les citoyens. L’évaluation des données scientifiques récentes a montré qu’il serait efficace de diminuer les PM2,5 pour prévenir l’apparition de maladies respiratoires et cardiaques. Il y a quinze ans, la Suisse avait pris la décision pragmatique de seulement limiter la valeur de PM10 dans l’air en se basant sur le fait que les concentrations des deux types de particules étaient corrélées. Cependant les résultats ne sont pas aussi bons que prévu.

– Si la proposition est acceptée par le gouvernement, quel changement attendre?

– Concrètement, il ne s’agit pas forcément d’introduire de nouvelles mesures mais plutôt de renforcer les stratégies cantonales créées dans les années passées pour les PM10, comme la limitation des feux de bois ou l’utilisation de filtres pour les machines agricoles. Certaines de ces actions avaient été ralenties ou bloquées par l’intervention de groupes d’intérêt qui étaient contre.

– Où se situe la Suisse au niveau international pour la régulation des particules fines dans l’air?

– La Suisse est un des rares pays qui ne régulent pas la fraction très fine PM2,5. Nous voulons harmoniser le concept de concentration limite avec les autres pays, même si les valeurs varient d’un Etat à l’autre. De plus la part de PM2,5 dans l’air n’est pas un phénomène local car les particules voyagent: la Suisse reçoit des particules et en émet ailleurs. Au centre de l’Europe, elle dépend des standards de celle-ci. Alors que la régulation de l’émission de particules est maintenant très efficace dans ces pays – comme chez nous –, les valeurs limites de PM2,5 et PM10 – 25 µg/m 3 et 40 µg/m 3 respectivement – sont ridiculement élevées pour des raisons politiques: cela limite les sanctions financières contre certains pays de l’est et du sud. Propos recueillis par Aurélie Coulon