Dans le communiqué annonçant le futur changement d'affectation d'Urs Rechsteiner, le Conseil d'Etat précisait que les démarches pour trouver un successeur seraient entreprises de suite. Une semaine plus tard, Micheline Spoerri, responsable du département concerné, expose une autre stratégie. Entretien.

Le Temps: Quel est le profil qui sera défini pour le futur chef de la police?

Micheline Spoerri: Il n'y aura aucune offre détaillée ces prochains jours. J'entends faire une pause et profiter de cette occasion pour repenser l'organisation du commandement. Cette nouvelle répartition des compétences et des missions confiées aux officiers figure d'ailleurs au menu de la convention signée le 8 octobre 2002 avec la hiérarchie et les syndicats. Il faudra donc mener une réflexion plus profonde à ce sujet et ne pas simplement procéder à un remplacement. Les profils du futur chef mais aussi de son adjoint seront définis en fonction des résultats de ce travail. Certes, il ne faut pas traîner. Nous avons encore huit mois pour décider.

– Comment voyez-vous l'avenir d'Urs Rechsteiner au sein de ce commandement?

– Je ne m'attendais pas à sa décision de renoncer et j'en ai été très affectée. J'aurais préféré continuer avec lui car il a toute ma confiance. Désormais, il sera partie prenante de cette réflexion. Je l'imagine bien s'investir dans la structure paritaire mixte qui a été mise en place ou jouer un rôle dynamique dans l'élaboration des concepts tels que la police de proximité. Il devra avoir un domaine bien ciblé car il n'est évidemment pas question de prétériter l'autorité du futur chef de la police.

– On dit volontiers de vous que vous lâchez un peu vite vos fonctionnaires ou que vous vous montrez trop exigeante, trop interventionniste.

– Non, je ne les lâche en aucune manière. Suis-je exigeante? Oui. Je l'ai toujours été et peut-être que certains ont peine à le supporter. J'aurais préféré ne pas devoir être à la tête de toute cette réforme, mais j'ai été obligée de monter au créneau. Dès que les choses fonctionneront d'elles-mêmes et que les règles du jeu seront clairement comprises, je serai la première à en être satisfaite.

– La récente descente de police dans un immeuble abritant des sans-papiers – alors que le Conseil d'Etat avait annoncé son intention de plaider la régularisation de 5600 clandestins – avait-elle des raisons de vous fâcher?

– Cette opération m'a effectivement fâchée. L'autorité politique avait marqué sa volonté de travailler dans la dentelle face à des situations familiales délicates et édicté des directives en ce sens. J'ai réuni la brigade concernée et les services de l'Office cantonal de la population pour tout réexpliquer et exposer l'action du gouvernement. J'ai pu constater un déficit d'information et de doctrine commune auquel il nous faut remédier.

– L'annonce du demi-départ d'Urs Rechsteiner tombe mal en cette période électorale. Avez-vous quelques craintes pour l'élection primaire destinée à départager les candidatures libérales?

– Je pense que certains politiques feront en sorte que ces événements me nuisent mais je reste confiante dans la décision de mon parti.