Bien sûr, il est extrêmement regrettable de devoir voter sur l’initiative populaire «Pour un financement équitable des transports», dite «Vache à lait», alors que le Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (Forta), qui sert en quelque sorte de contre-projet indirect, est encore en gestation au parlement. Ce décalage de calendrier est problématique, car le peuple et les cantons doivent se prononcer sur cette initiative sans savoir de manière définitive comment on financera l'extension, l'entretien et l'exploitation du réseau routier national à l’avenir.

On en sait cependant assez pour rejeter sans scrupules l’initiative «Vache à lait». Ce texte concocté par le lobby routier a en effet atteint son but, quoi qu'en disent ses auteurs. Il a exercé une pression substantielle sur le financement du Forta.

L’initiative demande que la totalité de la taxe de base sur les carburants soit affectée aux travaux routiers. Cela signifie que la part qui est actuellement versée au budget fédéral serait détournée vers le bitume. L’enjeu porte sur 1,5 milliard de francs. Or, en l’état actuel, le fonds routier recevra 700 millions de plus de la caisse fédérale. La moitié du chemin est ainsi faite. Nombre d’initiatives populaires ne parviennent pas à un tel résultat. Exiger davantage équivaut à transformer «Vache à lait» en «vache folle».

Il faut d’autant plus refuser cette initiative qu’elle aurait des conséquences très dommageables sur la flexibilité et la responsabilité financières de la Confédération. Elle obligerait celle-ci à économiser sans délai dans les secteurs les plus vulnérables. Ce sont toujours les mêmes: la formation, la recherche, l’agriculture, la défense, le trafic régional, l’aide au développement, soit les domaines dont les dépenses sont le moins dépendantes d'obligations légales.

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Or, les pressions budgétaires sont déjà fortes. Imposée par le nouveau contexte fiscal international, la troisième réforme de l’imposition des entreprises privera la caisse fédérale de plus d’un milliard de recettes. Les dépenses de l'asile vont prendre l'ascenseur. A moyen terme, un nouveau projet de rééquilibrage du traitement fiscal des couples mariés sera mis en route; il coûtera vraisemblablement plus d'un milliard à la Confédération.

Il faut ajouter à cela l'épée de Damoclès que représente l’initiative populaire «En faveur du service public» lancée par les magazines de consommateurs. On part du principe qu'elle sera refusée le 5 juin. Mais une surprise n'est pas totalement exclue. Or, ce texte interdirait à la Confédération de recevoir des bénéfices des entreprises en sa possession. Elle serait ainsi privée des dividendes que lui reversent Swisscom (581 millions en 2015) et La Poste (200 millions).

Il est par conséquent logique et essentiel de prendre acte du fait que l’initiative «Vache à lait» a déployé l’effet qu'en attendaient ses auteurs en la rejetant le 5 juin.