Il y a beaucoup d’irritation dans l’appel lancé samedi par le Syndicat des enseignants romands de l’école obligatoire. Le SER ne veut pas que la Suisse romande «soit seule à supporter l’effort de la solidarité linguistique confédérale». Une résolution adoptée samedi à Martigny enjoint aux cantons et aux enseignants alémaniques de ne pas sacrifier le français; elle met en demeure la Confédération et les cantons de mettre en œuvre tous les moyens garantis par la loi fédérale sur les langues nationales pour que l’enseignement du français en Suisse alémanique et de l’allemand en Suisse romande soit soutenu.

Georges Pasquier, président du SER, observe «avec une vive inquiétude» le fossé qui divise les enseignants et les autorités à l’intérieur de l’espace alémanique. La Suisse centrale et orientale sacrifie le français au profit de l’anglais; les cantons proches de la Suisse romande résistent encore, «mais jusqu’à quand?» Ce conflit culturel et politique déchire la faîtière des enseignants alémaniques (LCH), la contraignant à adopter une position alambiquée mal comprise. Au point que son comité directeur a dû répéter, dans une déclaration solennelle vendredi dernier, qu’il comptait sur l’arbitrage de la Confédération pour éviter le chaos.

Tout à l’anglais

Les enseignants alémaniques et romands sont d’accord sur un point majeur, souligne Georges Pasquier: le SER et le LCH déplorent l’inconséquence des autorités scolaires suisses. Ils ne reprochent pas à la Conférence des chefs de l’instruction publique d’avoir fixé des ambitions élevées pour les langues secondes; par contre, ils accusent la CDIP de ne pas créer les conditions requises pour atteindre ces objectifs. Des deux côtés de la Sarine, les professionnels constatent que trop d’élèves sont surchargés et que les moyens dégagés (grille horaire, effectifs des classes, compétences des maîtres) ne permettent pas d’enseigner efficacement une langue nationale et l’anglais. «Il est encore possible de réagir», veut croire Georges Pasquier. Faute de quoi, craint le président du SER, le terrain deviendra propice à un basculement généralisé du tout à l’anglais.