Finances

Faute de compromis, Neuchâtel n’a pas de budget 2017

Les groupes politiques campant sur leurs positions dogmatiques, le Grand Conseil neuchâtelois a dû interrompre ses débats très confus pour éviter un clash plus que probable

Alors qu’il s’était promis de ne plus y replonger après la législature 2009-2013 calamiteuse, le canton de Neuchâtel est de nouveau en crise politique. Malgré un interminable débat, confus et sous haute tension, le Grand Conseil n’a pas réussi à voter un budget pour 2017. Il ne l’a pas refusé, mais il était proche de la rupture, faute de majorité qualifiée (il faut que 69 des 115 députés le votent, soit les 3/5), mercredi en fin de journée. Il a décidé de reporter la décision à mercredi prochain.

Peut-être, sous l’impulsion d’un Conseil d’Etat combatif et disposé, lui, au compromis, trouvera-t-il l’étroit chemin pour rendre la copie 2017 acceptable. Mais rien n’incite à l’optimisme.

Lire aussi: Une tuile neuchâteloise à 100 millions

Appels vains à s’extraire du dogmatisme

En début de débat pourtant, nombreuses ont été les voix à appeler à s’extraire des positions dogmatiques, à privilégier l’intérêt supérieur du canton qui a besoin d’un budget, à faire remarquer que Neuchâtel, qui demande 2 milliards de francs à la Confédération pour financer ses infrastructures de mobilité, est observé de l’extérieur. Ces belles formules, doublées de multiples appels à la responsabilité du ministre des Finances Laurent Kurth, ont volé en éclat lorsque les députés se sont écharpés sur les amendements des uns et des autres.

Majoritaire au parlement – alors que le gouvernement est à gauche avec trois socialistes et deux PLR –, la droite a imposé ses vues. Elle a d’abord exigé de faire partiellement fondre le déficit de départ de 69 millions à une fourchette de 45-50 millions, pour que le canton ne doive pas emprunter pour son fonctionnement. Alliée à l’UDC et aux Vert’libéraux en l’occurrence, le PLR a de surcroît satisfait à son objectif électoraliste de réduire la fiscalité. De manière symbolique, d’à peine 4 millions, en retouchant quelque peu le barème. «25 fr. 50 par an de gagné pour un revenu imposable de 70 000 francs, 156 francs pour 100 000. –, c’est de la poudre aux yeux», s’est insurgé le socialiste Baptiste Hurni.

Pas de hausse de la taxe sur les gains immobiliers

La gauche a exigé alors que la droite vote de nouvelles recettes pour 4 millions. Pour compenser. L’impôt foncier sera relevé. Le PS souhaitait aussi augmenter de 10% la taxe sur les gains immobiliers. Le PLR n’en a pas voulu. Et comme il faut, pour obtenir l’indispensable majorité qualifiée pour déroger aux freins aux dépenses, que socialistes et libéraux-radicaux s’entendent, le parlement est dans l’impasse.

Fort de sa majorité, le PLR a obtenu la baisse fiscale qu’il voulait. Clamant qu’il souhaitait voter un budget acceptable, il devait accepter l’exigence socialiste de compenser la perte de 4 millions pour le canton. Lorsque l’occasion s’est présentée, malgré les discours solennels de la veille, il ne s’est pas trouvé un seul député PLR pour oser le compromis. Les appels incessants de Laurent Kurth à ne pas seulement défendre à ses propres exigences, mais à aller aussi dans le sens de celles des autres pour arracher un budget, sont ainsi restées lettres mortes.

Lire aussi: Pourquoi le plan neuchâtelois d’économies à 100 millions doit aboutir

Publicité