Le sort des entreprises publiques autonomes de Genève est entre les mains des citoyens. Le 1er juin, ils voteront sur trois lois visant à écrémer et à dépolitiser les conseils d'administration (CA) de trois entités: les Services industriels de Genève (SIG), les Transports publics genevois (TPG) et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le Conseil d'Etat de centre gauche et le Grand Conseil à majorité de droite recommandent de les adopter, contrairement à la gauche, à l'origine des référendums qui attaquent les lois.

Double mandat interdit

Ce qui changerait si les lois étaient votées? Les conseils d'administration compteraient moins de membres qu'aujourd'hui. Par exemple, dans le cas des SIG, le CA passerait de 23 à 13 administrateurs. Et surtout, les cénacles seraient dépolitisés: les lois prévoient l'incompatibilité entre le mandat de député et celui de membre d'un conseil d'administration, ainsi que la fin de la représentation systématique de chaque parti dans les CA. Par ailleurs, il serait interdit à un conseiller d'Etat de les présider.

Pour les défenseurs du changement, il s'agit de faire primer le critère de la compétence sur celui de la couleur politique. Ils s'appuient sur les codes de bonne pratique de la Confédération ainsi que sur les recommandations de l'OCDE en matière de gouvernance pour convaincre. Alors qu'à gauche on fustige des textes «dangereux qui sapent le contrôle démocratique» sur les entités publiques autonomes.

Débat sous haute tension

Au Grand Conseil, le débat avait électrisé les députés au point d'être qualifié de «dégradant» par certains élus, puis suspendu. Il faut dire que la discussion s'était faite sur fond de polémique: député MCG et administrateur des SIG, Eric Stauffer est à l'origine de la médiatisation de l'affaire des bonus princiers touchés par les dirigeants des régies publiques. L'entreprise avait alors déposé plainte contre X pour violation du secret de fonction. En plénière, le populiste s'est chargé de le marteler: «Sans ma présence au CA des SIG, l'affaire des bonus ne serait pas sortie du salon de thé des sphères dirigeantes!» Il aura finalement fallu trois séances en plénière avant que la majorité de droite impose ses vues en adoptant les trois lois, immédiatement attaquées par référendums.

La controverse aura eu le mérite de réveiller le Conseil d'Etat, qui a semblé découvrir en même temps que le Grand Conseil et les citoyens le problème de l'opacité des rémunérations dans les régies pourtant placées sous sa tutelle. Sous la pression de la Cour des comptes, qui a rendu un rapport accablant pour le gouvernement, accusé de laxisme dans son rôle de surveillant des entités publiques, ce dernier a promis de s'atteler à une vaste réforme de la gouvernance, que tout le monde attend avec impatience.

Au peuple de décider de la stratégie à adopter dans l'immédiat. Pour y voir plus clair, Le Temps a donné la parole à deux députés qui s'opposent: la Verte Emilie Flamand et le libéral Ivan Slatkine. Débat.