La population suisse augmente: l’Office fédéral de la statistique (OFS) a annoncé en avril que le nombre d’habitants s’était établi à 7 952 600 à fin décembre; la barre des 8 millions est ainsi toute proche. Avec elle augmente la mobilité. Les chiffres publiés mardi par ce même OFS, en collaboration avec l’Office fédéral du développement territorial, le démontrent.

En 2010, les habitants du pays ont parcouru en moyenne 36,7 kilomètres par jour, ce qui représente une progression de 4,1% depuis 2005 et de 17% depuis 1994. Cette hausse confirme une tendance à long terme, commente l’OFS. On s’attend effectivement à un nouvel accroissement de la mobilité ces prochaines décennies. Comment y faire face? Dans quel moyen de transport investir en priorité? Cette question divise la société en deux camps qui vont s’affronter durement ces prochains mois.

Si l’on se réfère aux statistiques publiées mardi, on constate que la voiture reste largement en tête des moyens de transport utilisés, et cela de très loin. Mais elle recule quelque peu, alors que l’utilisation des transports publics progresse. Dans cette catégorie, le train est toujours plus apprécié, constatent les auteurs de la statistique.

Les besoins en mobilité ont été identifiés. Des programmes d’investissement ont été mis en route: ils ciblent le trafic d’agglomération, l’élimination des goulets d’étranglement du réseau autoroutier et le développement des infrastructures ferroviaires. Plusieurs pots sont prévus pour le financement: le fonds d’infrastructure pour le trafic d’agglomération et les autoroutes, le fonds d’infrastructure ferroviaire (FIF), qui prendra le relais du fonds des transports publics (FTP) créé en 1998 pour les NLFA, et Rail 2000, pour le chemin de fer.

Dans ce contexte, on discute âprement de l’affectation des taxes et redevances routières. Depuis 1998, le FTP a été financé par la redevance poids lourds liée aux prestations et par une part des recettes des impôts sur les carburants (310 millions par an environ).

Selon le projet du Conseil fédéral, ces recettes seront également destinées au futur FIF, qui bénéficiera aussi de contributions fédérales et cantonales ainsi que d’un surplus de recettes annuelles de 200 millions provenant du plafonnement de la déduction autorisée pour les frais de déplacement professionnel.

Mardi, deux jours avant que la Commission des transports du Conseil des Etats n’examine ces propositions, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) a opposé son veto. Elle refuse que la route continue de financer le rail. Elle exige que la part ferroviaire des impôts sur les carburants soit entièrement réaffectée à la route dès 2018 et refuse de limiter la déduction fiscale des frais de transport. Elle accepterait en revanche que la part des impôts sur les carburants réservée à la caisse fédérale soit utilisée pour financer les infrastructures ferroviaires.

L’USAM considère que l’argent de la route doit rester à la route et que, dans ce domaine, de gros investissements sont nécessaires, puisque la voiture – et le transport routier en général – reste le moyen le plus utilisé. Son vice-président, Dino Venezia, insiste sur la nécessité d’améliorer le réseau. Il plaide notamment pour l’intégration de trois nouveaux tronçons dans le réseau national, à savoir le nouveau contournement de Morges, un «complément au périphérique du Grand Genève» – qui pourrait être la traversée de la rade ou une autre variante –, ainsi qu’un nouvel axe autour de Zurich. En compensation, l’USAM estime que les évitements du Locle et de La Chaux-de-Fonds ne sont pas prioritaires.

A la vision de l’USAM s’oppose celle de l’Association transports et environnement (ATE), auteure d’une initiative populaire qui veut consacrer aux transports publics la moitié des recettes des impôts sur les carburants réservées à la route. L’ATE considère que l’USAM s’enferre dans d’«anciens schémas de pensée». Selon elle, la forte croissance de la mobilité doit se faire de manière «respectueuse de l’environnement», c’est-à-dire par le développement des transports publics. Plus d’argent pour le rail, moins pour la route? Ou l’inverse? Voilà le choix de société que le parlement devra faire ces prochains mois.

L’USAM défend le contournement de Genève au détriment de La Chaux-de-Fonds et du Locle