Conseil fédéral

La favorite Karin Keller-Sutter déjà en pole position

La Saint Galloise est la première à se déclarer dans la course à la succession de Johann Schneider-Ammann. Elle place la barre très haut pour ses futurs rivaux masculins

C’était plus qu’un acte de candidature, presque une investiture déjà. Ce mardi 9 octobre, devant un parterre d’une cinquantaine de journalistes accourus à Wil – petite ville de 17 000 habitants du canton de Saint-Gall où elle a grandi –, Karin Keller-Sutter s’est mise à disposition pour succéder au conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Bien qu’un peu tendue devant une forêt de caméras, elle a vite montré qu’elle avait l’étoffe de la fonction qu’elle brigue.

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Alors que le président du PLR cantonal, Raphael Frei, s’est réjoui de la qualité de cette candidature de la Suisse orientale, l’intéressée a d’emblée précisé: «Le critère de la provenance n’est pas suffisant pour être élu au Conseil fédéral, de même que celui du genre.» Dans la foulée, Karin Keller-Sutter n’est donc pas entrée en matière dans la discussion du double ticket féminin que réclame la présidente des femmes PLR, Doris Fiala. «Ce sujet est du seul ressort de mon groupe. Je n’ai rien à en dire.»

L’échec de 2010 digéré

Déjà archi-favorite dès l’annonce de la retraite du ministre de l’Economie, la Saint-Galloise est aussi la première à se déclarer, affichant ainsi une ambition qu’elle a elle-même longtemps enterrée après son échec de 2010. Il faut dire que celui-ci était survenu dans des circonstances très défavorables. Sous-représenté au Conseil fédéral après l’éviction de Christoph Blocher, l’UDC avait présenté un candidat de combat dans la course à la succession du ministre PLR Hans-Rudolf Merz: Jean-François Rime, qui s’était même hissé jusqu’au dernier tour de l’élection, finalement battu de 21 voix par Johann Schneider-Ammann.

Aujourd’hui, cet échec est digéré. «KKS», comme on l’appelle parfois à Berne, s’en est même amusée. Prenant du recul, elle avoue: «La Karin d’aujourd’hui aurait même déconseillé à la Karin de l’époque de se lancer dans la course.» Malgré son expérience de douze ans dans un exécutif cantonal, elle n’avait presque aucun réseau au sein de l’Assemblée fédérale, soit les 246 membres des deux Chambres qui élisent le Conseil fédéral.

Une renaissance au Conseil des Etats

Une défaite logique, sous-entend aujourd’hui Karin Keller-Sutter, concédée dans une constellation défavorable. A droite, elle avait été privée des voix de l’UDC et à gauche, elle n’était pas parvenue à se défaire de son étiquette de «Blocher en jupon», due au fait qu’elle s’était affichée deux fois aux côtés du ministre de Justice et police de l’époque pour soutenir sa politique de l’asile.

Huit ans plus tard, toutes les planètes se sont remises en place pour Karin Keller-Sutter. Un an après son cuisant échec, elle accède au Conseil des Etats, où elle forme un tandem qui fonctionne bien avec Paul Rechsteiner (PS) tout en opérant une mue thématique. Elle quitte la sécurité pour les assurances sociales, l’économie et les affaires extérieures. A gauche, on s’aperçoit qu’elle sait être une femme de compromis. Au PLR, elle devient une figure incontournable, d’autant plus qu’elle siège dans des conseils d’administration prestigieux comme ceux de la Bâloise ou de la NZZ. Bien sûr, son style – une distance que d’aucuns prennent pour de l’arrogance – continue à faire sourciller certains élus, mais de nombreuses réticences se sont évanouies.

«Aujourd’hui, je suis devenue plus mature, plus sereine», confie Karin Keller-Sutter. Au Conseil des Etats, elle vit une véritable renaissance politique. Elue à l’âge de 36 ans seulement au Conseil d’Etat, elle avait été parachutée à la tête du Département de la sécurité et de ses 1600 collaborateurs, alors qu’elle rêvait du portefeuille de l’économie. A la Chambre haute à Berne, elle peut travailler dans trois commissions qui la passionnent: celles de l’économie et des redevances – réputée la plus influente à Berne –, de la santé publique et de la politique extérieure. «J’y ai appris à faire des compromis», dit-elle.

«Force, énergie et confiance»

Après l’annonce de la retraite politique de Johann Schneider-Ammann, l’actuelle présidente du Conseil des Etats a pris une semaine de vacances pour consulter sa famille et ses proches. Non sans effectuer un coup de sonde dans les autres partis politiques. «J’ai senti beaucoup d’encouragements à présenter ma candidature dans tous les partis politiques. Cela m’a donné force, énergie et confiance», ajoute-t-elle.

Pour ses futurs rivaux dans la course au Conseil fédéral, Karin Keller-Sutter a placé la barre très haut. Comme il y a fort à parier que le groupe PLR présentera un ticket avec une femme et un homme, l’on attend désormais avec impatience des candidatures masculines. Comme Andrea Caroni (GL) – une étoile montante du PLR – a décliné tout intérêt, il ne reste plus guère que Martin Schmid (GR) et Hans Wicki (NW). Reste à savoir s’ils seront davantage que des hommes alibis.

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