La presse dominicale alémanique est unanime: Felix Gutzwiller a le profil idéal pour succéder à Rolf Schweiger à la tête du Parti radical suisse. Le conseiller national zurichois a dirigé de manière très appréciée la campagne pour la succession de Kaspar Villiger au Conseil fédéral l'an dernier. Parfaitement bilingue, il a fait de la politique à Bâle, dans le canton de Vaud (comme conseiller communal à Belmont-sur-Lausanne) et à Zurich. On lui reconnaît une sensibilité libérale et son charisme, doublé d'une personnalité intégratrice, pourrait faire de lui le «clone de Rolf Schweiger» que l'ancien président du PRD, Franz Steinegger, appelle de ses vœux dans des interviews publiées dans la NZZ am Sonntag et la SonntagsZeitung.

Felix Gutzwiller reste cependant prudent pour l'instant. Joint dimanche, il laisse la question de son éventuelle candidature ouverte. C'est compréhensible dans la mesure où la démission de Rolf Schweiger a pris le parti de court. Celui-ci a mis sur pied une structure intérimaire, dont le pilotage a été confié à la vice-présidente, Marianne Kleiner. La direction du parti a fait le point par conférences téléphoniques samedi et dimanche. Elle a constaté que le PRD pouvait fonctionner quelque temps avec cette structure intérimaire, dont les fondements ont été établis par Rolf Schweiger lui-même. Elle souhaite surtout mener le débat de la manière la plus ouverte possible. Le comité directeur, qui se réunit ce lundi, doit se sentir libre de ses mouvements et de ses décisions. Pas question de venir devant lui avec une candidature prébétonnée.

Un homme du sérail

S'il ne se prononce pas sur sa possible candidature, Felix Gutzwiller concède cependant que, à titre personnel, l'unanimité de la presse dominicale ne le laisse «pas indifférent». Guido Schommer, secrétaire général du parti, non plus, mais il glisse un bémol: «La recherche d'un président ne peut pas se fonder uniquement sur des critères extérieurs. Nous n'aurions jamais choisi Rolf Schweiger si nous nous étions limités aux commentaires des médias», rappelle-t-il. Selon lui, Felix Gutzwiller dispose d'indéniables qualités, mais d'autres personnes entrent aussi en considération, à l'intérieur et à l'extérieur du parlement. Le PRD parviendra néanmoins très vite à la conclusion que son président doit être un parlementaire. L'expérience désastreuse menée par le PS lorsqu'il était présidé par Ursula Koch devrait le vacciner contre la tentation de choisir quelqu'un hors du sérail. A titre personnel, Felix Gutzwiller partage ce sentiment: «Il faut laisser tous les critères ouverts. Mais il est certain que c'est au parlement que se nouent les relations avec les autres partis gouvernementaux et avec les conseillers fédéraux», fait-il remarquer.

De multiples responsabilités

«L'expérience montre par ailleurs qu'un président doit pouvoir consacrer 60 à 70% de son activité à son mandat», poursuit-il, en citant les exemples de Hans-Jürg Fehr (PS) et d'Ueli Maurer (UDC), qui réservent 70 à 80% de leur temps à leur fonction dirigeante.

Il s'agit là du principal problème auquel le Zurichois risque d'être confronté. Il dirige l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Université de Zurich et assume la vice-présidence du groupe parlementaire radical. Cette fonction l'a déjà appelé à suppléer le chef de groupe, Fulvio Pelli, lorsque ce dernier était candidat à la succession de Kaspar Villiger au Conseil fédéral. Il devra à nouveau le remplacer au début de l'an prochain, car le Tessinois sera momentanément occupé à d'autres tâches. Et Felix Gutzwiller est déjà pressenti pour diriger le groupe parlementaire qui coordonnera le traitement des accords bilatéraux aux Chambres et durant la campagne référendaire. Ce groupe réunit des élus radicaux, démocrates-chrétiens et socialistes des deux Conseils. Il aura pour mission de défendre les accords contre les attaques de l'UDC, de la droite nationaliste et, le cas échéant, des syndicats.

Cela démontre que le Zurichois est déjà très occupé. Mais cela confirme aussi qu'il a de plus en plus la confiance de ses pairs. Il ne dit rien de son possible intérêt pour la présidence du PRD, mais un indice semble montrer qu'il est en bonne position: contrairement à ce qu'on a suggéré sitôt après l'annonce de la démission de Rolf Schweiger, ce n'est pas Felix Gutzwiller qui présidera la commission interne chargée de partir à la chasse aux candidats. Il aura ainsi les mains plus libres. Cette commission devrait être désignée par le comité directeur ce lundi.